Alors que les réserves de neige accumulées cet hiver sur les glaciers suisses sont déjà épuisées, le glacier du Rhône témoigne de l’ampleur du phénomène. Rencontre avec le glaciologue Matthias Huss, qui documente son évolution saison après saison.
Sa langue rétrécit. Ses flancs s’affaissent. Et des sillons d’eau le traversent. Dans la vallée de Conches, le glacier du Rhône change de visage chaque année. Le glaciologue Matthias Huss en mesure l’ampleur. Muni de ses crampons, le directeur de Glamos – réseau des relevés glaciologiques suisses – se rend régulièrement sur le site haut-valaisan, surtout en été. «Depuis que je suis venu ici la dernière fois il y a deux semaines, on a perdu 1,4 mètre de glace», constate-t-il. Cela correspond à près de 10 centimètres en moins par jour, «c’est vraiment énorme.»
Depuis le début des relevés de cette année, à la mi-juin, le scientifique a enregistré près de 4 mètres de fonte, sur fond d’épisodes caniculaires répétés. «Ce n’est pas une bonne nouvelle pour le glacier.» Non loin du point qui sert de repère, le chercheur pointe une caverne sous-glaciaire qui s’est écroulée. Cette fonte «en dessous» se produit en plus de celle qui se joue à la surface. «C’est un processus qu’on observe toujours plus.»
Des instruments rattrapés par la fonte
Normalement, les glaciologues se rendent sur les glaciers en avril pour mesurer l’accumulation de neige et ne reviennent qu’en septembre pour déterminer la fonte annuelle. Sur celui du Rhône, la perte est telle que les balises de mesure doivent être remplacées et replantées plus tôt dans la saison, sans quoi elles tomberaient et perdraient leur utilité. Les longues tiges de métal – certaines mesurent 8 mètres, ce qui correspond à une fonte annuelle «normale» sur le point où elles sont placées – sont vissées dans la couche glaciaire.
«L’année 2026 est une année extrême jusqu’à maintenant, mais on n’a pas encore rattrapé les pertes record de 2022, explique Matthias Huss. Nous avons un hiver assez sec, avec peu de neige et de protection pour la glace et les vagues de chaleur ont commencé tôt. En 2022, on avait, en plus, l’effet du sable du Sahara qui s’est posé sur la neige qui a accéléré la fonte.»
Des situations qui se répètent
«Le glacier se retire vite, nous avons perdu presque 1 kilomètre durant les vingt dernières années. Il va disparaître du belvédère dans trente à quarante ans, mais il sera toujours présent, tout en haut, au Dammastock.» C’est dans ce massif, à près de 3600 mètres d’altitude, que le glacier du Rhône prend sa source.
«Il y fait plus froid et il y a plus de neige», pointe celui qui est aussi professeur à l’EPFZ. «Il pourrait y survivre jusqu’à la fin du siècle mais sous une forme beaucoup plus petite.» «Avec le changement climatique, on sait que les canicules sont de plus en plus fréquentes et probables, concède Matthias Huss. C’est dur de devoir toujours documenter la même chose: une année extrême après l’autre. Mais c’est notre vie comme glaciologue aujourd’hui.»