Vendredi, le prix du pétrole a dépassé les 108 dollars américains. Les consommateurs suisses en ressentent déjà les effets à la pompe ou lorsqu'ils souhaitent remplir leur cuve de fioul domestique. Actuellement, tout le monde espère que cette guerre de courte durée annoncée par le gouvernement américain sera terminée d'ici quelques semaines.
Une fin prochaine de la guerre n'est toutefois pas en vue. Si le prix du pétrole se maintient pendant une longue période au-dessus de 105 dollars américains, les actifs en Suisse risquent de subir des pertes de revenus comprises entre un peu moins de 500 et 750 francs, selon le Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l'EPFZ. Selon Hans Gersbach, directeur du KOF-CO, les répercussions économiques d'un prix du pétrole aussi élevé seraient plus fortement ressenties dans notre pays que les droits de douane américains temporaires de 39% instaurés en août dernier.
Dans ce scénario, l'économie suisse ne connaîtrait qu'une croissance très modeste. Le choc pétrolier affecterait toutefois les différents secteurs économiques de manière très inégale.
Produits de luxe et industrie mécanique sous pression
En tant que pays exportateur, la Suisse tire 70% de son produit intérieur brut de la vente de biens et de services à l'étranger. La persistance de prix élevés du pétrole freine considérablement la croissance mondiale. Cela entraîne une baisse de la demande auprès des entreprises exportatrices suisses. Les entreprises étrangères reportent leurs achats de biens. Cela touche notamment l'industrie suisse des machines, des équipements électriques et des métaux.
Un ralentissement économique mondial entraîne également une baisse de la demande dans l'industrie automobile étrangère et pèse sur les investissements dans le secteur de la construction. Ces deux secteurs comptent parmi les principaux clients de l'industrie chimique suisse, dont le chiffre d'affaires se trouve donc également sous pression.
La consommation privée subit elle aussi un coup d'arrêt: lorsque le chiffre d'affaires des entreprises augmente moins fortement, cela se traduit par des hausses de salaire moins importantes pour les employés. De plus, un prix du pétrole élevé sur le long terme entraîne une hausse des prix de nombreux produits. Les ménages ont donc moins d'argent à dépenser. Le moral des consommateurs baisse. Cela a des conséquences sur les chiffres de vente des fabricants de produits de luxe, tels que les horlogers suisses. Dans ce cas, c'est surtout la demande de produits d'entrée de gamme dans le secteur du luxe qui diminue. Le segment très haut de gamme est en revanche nettement plus résistant à la crise, car les ménages très riches ne sont pas soudainement contraints de faire des économies en cas de ralentissement de la croissance.
Le secteur touristique touché à plusieurs égards
Le secteur touristique suisse est touché à plusieurs égards par la persistance des prix élevés du pétrole. D'une part, les coûts des vols augmentent en raison de la hausse des prix du kérosène. D'autre part, la classe moyenne consacre moins d'argent aux vacances. Tant que le fonctionnement de pôles de transport public importants, comme l'aéroport de Dubaï, restera fortement limité, on risque en outre de voir une baisse partielle de la fréquentation des touristes en provenance d'Asie et du Moyen-Orient.
Les secteurs des transports et de la logistique sont les plus directement touchés par la hausse des prix du carburant. Il en va de même pour les productions à forte intensité énergétique, telles que la fabrication de matériaux de construction ou de plastiques.
En période d'incertitude, le franc suisse a par ailleurs tendance à s'apprécier, ce qui pèse encore davantage sur les marges des entreprises tournées vers l'exportation.
L'économie suisse s'est toutefois toujours montrée très résistante aux crises par le passé. Cela tient notamment à l'industrie pharmaceutique, dont les ventes restent très solides même en période de turbulences.