L'onde de choc du conflit au Moyen-Orient fait bondir les prix de l'énergie à l'échelle mondiale, et la Suisse ne fait pas figure d'exception. A ce jour, neuf stations-service sur dix ont déjà révisé leurs tarifs à la hausse. Mais les automobilistes ne sont pas les seuls touchés: les propriétaires immobiliers subissent, eux aussi, les répercussions indirectes de la guerre opposant les Etats-Unis et Israël à l'Iran.
«La courbe des taux des prêts hypothécaires à taux fixe est à la hausse depuis deux semaines», observe Fredy Hasenmaile, économiste en chef chez Raiffeisen. Selon lui, cette progression devrait se poursuivre, car la banque mise sur une augmentation durable des cours du pétrole dans son scénario de référence.
Des taux qui demeurent attractifs
Même constat du côté d'UBS. Claudio Saputelli, économiste en chef de la grande banque, note que le coût des prêts à taux fixe sur dix ans a grimpé d'environ 20 points de base depuis la fin février. Une hausse supplémentaire de 10 points de base est attendue d'ici la fin de l'année. L'expert tempère toutefois la situation en soulignant que des taux moyens compris entre 1,4 et 1,8% restent, d'un point de vue historique, extrêmement attractifs.
Pour l'heure, le conflit n'a aucune incidence sur le Saron, le taux variable lié au taux directeur. UBS et Raiffeisen prévoient que la Banque nationale suisse (BNS) maintiendra sa politique de taux zéro jusqu'au 31 décembre. Pour les propriétaires devant renouveler leur contrat, le Saron s'impose donc comme une solution de transition pertinente.
Fredy Hasenmaile constate déjà un léger glissement de la clientèle vers des modèles variables. De nombreux clients préfèrent toutefois attendre avant de souscrire un nouveau prêt hypothécaire. Une stratégie jugée risquée par l'économiste de Raiffeisen pour ceux qui recherchent la sécurité du long terme. Il leur conseille de conclure rapidement afin de verrouiller les meilleures conditions possibles.
L'Iran bloque le détroit d'Ormuz
L'espoir d'une détente rapide s'amenuise en raison du blocage du détroit d'Ormuz. Un cinquième du transport mondial de pétrole et de gaz liquéfié transite par ce détroit situé entre la péninsule arabique et l'Iran. Ce goulet d'étranglement est, dans les faits, sous le contrôle des Gardiens de la révolution iranienne.
Le transport étant paralysé, plusieurs pays du Golfe ont dû réduire, voire stopper, leur extraction pétrolière, faute de pouvoir stocker leur production. Même en cas de fin rapide des hostilités, Fredy Hasenmaile n'anticipe pas de retour immédiat aux prix d'avant-guerre. «La simple relance de l'appareil de production prendra du temps», prévient-il. Selon lui, même une désescalade géopolitique ne se traduirait que par une baisse très lente des taux d'intérêt.