Les taux d’intérêt zéro en Suisse sont-ils partis pour durer? Les économistes de BAK Economics posent la question de manière provocatrice. Sans parler d’éternité, ils estiment toutefois que la Banque nationale suisse (BNS) n’aura pas de marge de manœuvre ces prochaines années.
«Le taux directeur de la Banque nationale reste à zéro et rien ne changera de sitôt», affirme Claude Maurer, économiste en chef chez BAK Economics. «Nos prévisions vont jusqu’à fin 2027, mais à ce stade, nous tablons sur quatre à cinq années supplémentaires avec un taux inchangé.»
En économie, cinq ans représentent un horizon inhabituellement long. Les incertitudes géopolitiques poussent souvent les prévisionnistes à ajuster leurs scénarios de trimestre en trimestre. Selon BAK Economics, le risque d’un retour aux taux négatifs reste toutefois très faible. La Banque nationale suisse répète que le seuil pour replonger en territoire négatif est élevé, contrairement à la période 2015–2022. Reste à savoir ce que signifie une longue phase de taux zéro pour les locataires, les propriétaires, les épargnants et les consommateurs.
Les locataires protégés
Pour les locataires liés par un bail en cours, la situation est favorable. Le taux hypothécaire de référence, déterminant pour les loyers, devrait rester stable, ce qui rend des hausses peu probables. Actuellement fixé à 1,25%, il est réexaminé chaque trimestre et ne devrait pas évoluer lors de la prochaine publication. De nombreux observateurs estiment qu’il pourrait rester à ce niveau jusqu’à fin 2027, voire au-delà.
En revanche, celles et ceux qui cherchent un logement restent confrontés à la pénurie. Les appartements bien situés et abordables demeurent rares, même dans un contexte de taux bas.
Effets contrastés pour les propriétaires
Les personnes qui envisagent d’acheter un bien profitent en théorie de taux hypothécaires bas, ce qui facilite le financement. Mais cet avantage ne compense pas la forte hausse des prix de l’immobilier, qu’il s’agisse de maisons individuelles ou d’appartements en propriété.
Pour les propriétaires actuels, la donne est plus favorable. La perspective de taux durablement bas a entraîné un recul rapide des taux hypothécaires à long terme. Les hypothèques Saron restent, pour plusieurs années encore, une alternative intéressante aux hypothèques à taux fixe.
Les épargnants poussés vers les placements
Epargner à taux zéro offre peu d’intérêt. Dans de nombreuses banques, les frais de compte absorbent un éventuel rendement minimal. Mieux vaut conserver sur son compte d’épargne une réserve correspondant à quelques mois de salaire et envisager d’investir le reste.
Dans un environnement de taux nuls, il devient difficile d’obtenir un rendement sans passer par les marchés financiers. Actions et ETF s’imposent souvent comme des options incontournables pour qui cherche à faire fructifier son capital.
En Suisse, la suppression annoncée de la valeur locative change également la donne. Un endettement élevé sur son logement pourrait devenir moins attractif. Amortir une partie de son hypothèque avec son épargne peut donc se révéler pertinent, tout en gardant à l’esprit que, à l’approche de la retraite, la priorité doit rester la sécurité financière à long terme.
Coup de pouce pour les consommateurs
Pour les consommateurs, les taux zéro constituent plutôt une bonne nouvelle. Aucune forte poussée inflationniste ne se profile et le franc reste solide. Les dépenses courantes ne devraient donc pas s’envoler et de nombreuses destinations étrangères demeurent attractives pour les vacances.