En février dernier, le coup d’arrêt a été brutal. L’armée suisse a dû immobiliser au sol la totalité de ses 238 chars de grenadiers M113. Encore une fois! Pour des raisons techniques, la Base logistique de l’armée avait déjà retiré l’ensemble de la flotte de la circulation fin 2023. A l’époque, le problème venait de l’arbre de transmission. Cette fois-ci, c'est la transmission latérale qui flanche. Un tel défaut technique risque de provoquer des défaillances au moment de braquer ou de freiner, représentant un danger direct pour la troupe et pour les tiers.
Pendant ce temps, la nouvelle école de recrues vient de commencer ce lundi. Au total, 8289 jeunes femmes et hommes entament leur instruction de base. Mais pour les sapeurs de chars, l’artillerie et les bataillons de chars, l'entraînement va devoir se faire dans des conditions particulièrement dégradées. Entre-temps, «quelques dizaines de véhicules » seraient à nouveau «opérationnels». L’armée ne souhaite pas communiquer de chiffres précis. L’ennemi lit aussi les journaux.
D'autres véhicules doivent simuler des chars
L’armée assure que la formation dans les écoles de recrues et les cours de répétition est néanmoins garantie. A l’école de recrues, des véhicules de combat d’infanterie en état de marche sont disponibles pour la formation à la conduite. «Aucune lacune n’est à prévoir en matière de capacités», souligne l’armée. Toutefois, les soldats et les cadres doivent faire preuve d’une certaine capacité d’improvisation.
Lors des exercices, d’autres véhicules doivent parfois remplacer les M113 au pied levé. Les soldats n'ont alors plus qu'à imaginer le char de grenadiers. Parfois, certains M113 sont autorisés à rouler, mais uniquement au pas – et par sécurité, un responsable doit marcher devant le véhicule. Dans d'autres cas, les M113 sont acheminés par convoi jusqu'aux exercices de tir, où ils restent stationnés sans plus jamais bouger.
L’armée garantit que des pans essentiels de l’instruction peuvent continuer à être dispensés, même si le programme est parfois réduit. Il faut dire que les troupes ont désormais l'habitude de voir ces véhicules vieux de plus de 50 ans ruer dans les brancards, et l'institution s'appuie sur ses expériences passées. En revanche, contrairement à ce qui se passe en école de recrues, plus aucune formation à la conduite n’est dispensée durant les cours de répétition.
Lors de la dernière mise à l’arrêt, l’armée a d’ailleurs dû admettre: «Le niveau de formation dans les formations de service actif peut tout au plus être maintenu – rien de plus.» Avec pour conséquence que «la disponibilité opérationnelle des corps de troupe ne peut actuellement pas être atteinte».
«Les responsables politiques ne font que tergiverser»
«On arrive à assurer la formation tant bien que mal, mais l’effort supplémentaire est considérable», commente Erich Muff, président de l’Association des officiers de blindés. Il faudrait soit remettre le M113 à neuf de fond en comble, soit se procurer immédiatement des véhicules de remplacement. «Sinon, en raison de son âge et du manque de moyens financiers pour en assurer la maintenance, des pannes surviendront bientôt à nouveau.» Le retard en matière d’investissements se fait sentir quotidiennement sur le terrain. «Mais les responsables politiques ne font que tergiverser.»
Le problème ne se limite pas au seul M113. L’année dernière déjà, Blick rapportait qu’environ un cinquième des 20'000 véhicules à roues de l’armée était désormais hors service. De nombreux systèmes seraient désespérément obsolètes.
Et avec les nouvelles orientations du Conseil fédéral, la situation risque de s’aggraver encore, craint l’officier Erich Muff. A l’avenir, le Conseil fédéral entend se concentrer sur la défense aérienne. Les troupes terrestres ne devraient plus recevoir qu’une fraction du budget. L’ancien chef de l’armée Thomas Süssli avait même averti que l’armée risquait de disparaître en raison d’une crise financière aiguë.
«Les troupes terrestres pourraient disparaître complètement»
«Les troupes terrestres m’inquiètent vraiment», ajoute Stefan Holenstein, président de l’Association des sociétés militaires suisses. «Elles pourraient disparaître complètement dans les prochaines années.» L’accent mis sur la défense aérienne et les drones est certes compréhensible. Mais le reste ne doit pas être remis aux calendes grecques. «Les défaillances ne feront alors que se multiplier rapidement. Parallèlement, la motivation des troupes diminuera.»
L’armée devra en tout cas composer encore quelque temps avec la mise hors service du char de dépannage M113. En raison notamment de la guerre en Ukraine, les pièces de rechange sont difficiles à se procurer. Cela peut prendre du temps – et coûter cher. L’armée estime que tous les véhicules ne seront réparés qu’à l’automne 2027. Les coûts ne sont pas encore connus. Lors de la dernière mise hors service, quelques mois auparavant, ils s’élevaient à environ 2,6 millions.