Après leur retraite, de nombreux Suisses profitent tranquillement de la vie. Mais à partir de 80 ans, les besoins en soins augmentent drastiquement. Les dernières années de vie sont généralement les plus coûteuses. En cause, le coût mensuel d’un EMS dépasse souvent le montant de la rente perçue à la retraite.
Mais alors, à quel rythme vos économies diminuent-elles après votre retraite? Comment préserver votre patrimoine? Et que devient votre logement? Blick fait le point sur les coûts liés aux EMS.
Combien coûte en moyenne un EMS?
En moyenne, un séjour en EMS dure 784 jours, soit plus de deux ans. Avec un coût moyen de 10'000 francs par mois, la facture atteint près de 280'000 francs. Les écarts sont considérables, selon les cantons et le niveau de soins. Pour des soins plus lourds, les coûts peuvent même dépasser 15'000 francs par mois!
Comment se répartissent les coûts?
Les résidents doivent payer les frais d’hébergement, soit la location de la chambre, les repas, le ménage et le service de blanchisserie. Ils doivent aussi s'acquitter des frais d'accompagnement, qui comprennent les loisirs, l’aide au quotidien ainsi que les tâches administratives. Quant aux soins à proprement parler, ils sont plafonnés à 23 francs par jour. Le reste des soins est pris en charge par le canton et la caisse maladie.
Quels frais devez-vous prendre en charge?
En moyenne, deux tiers des coûts totaux sont pris en charge par les résidents. Cela représente entre 4500 francs et 8000 francs, selon les cantons et les types de soins requis. Plus les besoins en soins augmentent, plus la part prise en charge par l’assurance maladie et le canton peut être importante, pouvant dépasser 50%.
Les économies fondent
Les économies peuvent diminuer très rapidement! Prenons l'exemple d'une personne vivant seule, avec une retraite de 4500 francs et qui doit prendre en charge 6500 francs de frais. Un déficit de près de 70'000 francs s'accumule pour une durée de séjour standard.
En un peu moins de quatre ans et demi en EMS, près de 140'000 francs de patrimoine peuvent ainsi disparaître. Parmi les dépenses prises en compte figurent la prime d’assurance maladie de 460 francs, une allocation de 100 francs par mois et les impôts. Un long séjour en EMS peut ainsi faire fondre rapidement plusieurs centaines de milliers de francs de patrimoine.
Pour les couples mariés, c'est pire
Les couples mariés doivent encore plus casquer. Si l’un des conjoints reste à domicile, les frais de logement et de consommation viennent s’ajouter à la facture. Avec une rente de 7000 francs, le patrimoine diminue ainsi d’environ 96'000 francs en un peu plus de deux ans. Si les deux conjoints résident en EMS, le déficit atteint 190'000 francs sur la même période.
Le droit aux prestations complémentaires
Un peu plus de 60% des personnes en EMS perçoivent des prestations complémentaires (PC), qui atteignent en moyenne 3900 francs par mois. Les personnes seules y ont droit dès que leur fortune passe en dessous du seuil des 100'000 francs. Pour les couples mariés, le seuil est fixé à 200'000 francs.
Si la somme se situe juste en dessous de ce seuil, une partie est tout de même prise en compte dans le calcul du revenu, après déduction d’un abattement de 30'000 francs pour une personne seule et de 50'000 francs pour un couple.
Le logement en propriété menace les PC
Le logement en propriété d'une personne seule est intégralement pris en compte dans le patrimoine. Celle-ci n'a donc pas droit aux prestations complémentaires; elle doit donc augmenter l’hypothèque, demander un prêt à ses enfants ou vendre son logement. Pour les couples, le logement en propriété est protégé tant qu’une seule des deux personnes réside en EMS.
Mais même dans ce cas, le seuil d’accès aux PC reste difficile à atteindre. Prenons un exemple: un couple possède un appartement d’une valeur d’un million de francs, grevé d’une hypothèque de 400'000 francs. Après déduction de la franchise de 300'000 francs, 300'000 francs restent pris en compte dans le calcul de la fortune. Cela génère un revenu fictif suffisamment élevé pour exclure le couple des prestations complémentaires.
L'héritage peut être fragilisé
Selon les prévisions, la part des résidents en EMS bénéficiant de prestations complémentaires devrait continuer à augmenter. Une évolution qui risque de peser sur les héritages, notamment dans la classe moyenne inférieure, où les montants transmis aux générations suivantes pourraient être de plus en plus faibles.
Les prestations complémentaires doivent en effet être remboursées sur la succession, après déduction d’une franchise de 40'000 francs. Cette obligation peut accroître la pression financière sur les héritiers et les contraindre, dans certains cas, à vendre le bien immobilier familial. Un enjeu qui concerne potentiellement une large part de la population, un retraité sur deux étant propriétaire de son logement.
Attention aux donations!
Faut-il transmettre rapidement son logement ou ses économies à ses enfants pour préserver son héritage des coûts d’un séjour en EMS? En réalité, cette stratégie est une fausse bonne idée. Car ce patrimoine continuera d’être pris en compte lors de l’examen du droit aux PC. Seuls 10'000 francs par année échappent au calcul.
De même, dépenser une part trop importante de son patrimoine avant d’entrer en EMS peut être considéré comme une renonciation à sa fortune. Le seuil est fixé à 10% du patrimoine sur une année, ou à 10'000 francs lorsqu'il est inférieur à 100'000 francs.
Les évolutions qui vous attendent
Avec l’inflation dans le secteur de la santé, le coût d’un séjour en EMS pourrait atteindre 13'000 à 14'500 francs par mois d’ici à 2040. Les rentes, elles, n’augmentent pas au même rythme. Résultat: le patrimoine pourrait fondre bien plus rapidement en cas d’entrée en maison de retraite.
Il y a encore 20 ans, un mois de séjour coûtait près de 7000 francs. Cette forte hausse s’explique notamment par une admission en EMS de plus en plus tardive, avec des résidents nécessitant des soins plus importants.