Des millions restent sur le carreau
De nombreux retraités suisses renoncent à une somme qui leur revient de droit

Par manque d'information ou face à des démarches jugées trop complexes, des milliers de personnes passent à côté des prestations sociales auxquelles elles ont droit. Pour y remédier, un Zurichois a développé une application destinée à les accompagner.
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Des milliers de personnes ont droit à des prestations sociales, mais n'en ont pas conscience.
Photo: keystone-sda.ch
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Simone Steiner

Des milliers de personnes ont droit à des prestations complémentaires (PC) sans en avoir conscience. Destinées aux retraités et aux personnes invalides, ces aides financières permettent de couvrir les dépenses du quotidien. Pourtant, de nombreux bénéficiaires potentiels ne les demandent jamais, laissant chaque année des millions de francs inutilisés.

Pour Patrick Hofer, 51 ans, cette situation est inacceptable: «Les personnes concernées dépendent de ces aides complémentaires pour joindre les deux bouts.» Ce Zurichois a donc développé l'application «We+» afin de faciliter l'accès aux prestations complémentaires. L'outil aide les utilisateurs à réunir les documents nécessaires, remplit automatiquement le formulaire de demande et indique ensuite à quelle autorité l'envoyer.

Quand l'administration décourage

Selon un rapport de l'Observatoire suisse de la santé (Obsan), environ un tiers des personnes ayant droit aux prestations complémentaires ne les demandent pas. Pro Senectute estime leur nombre entre 30'000 et 200'000.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Beaucoup ignorent l'existence même des prestations complémentaires ou en connaissent mal le fonctionnement. Dans une enquête en ligne, 23% des nouveaux retraités de l'AVS confrontés à des difficultés financières ont ainsi indiqué n'en avoir jamais entendu parler. Par ailleurs, 57% ont déclaré n'en savoir que peu, voire rien du tout.

D'autres renoncent face à la complexité des démarches administratives. Parmi les bénéficiaires déjà au bénéfice de prestations complémentaires interrogés dans le cadre de l'étude, 93% – soit la quasi-totalité – ont affirmé avoir reçu de l'aide pour effectuer leur demande. Ce soutien provenait de leur entourage, des services cantonaux compétents ou encore d'organisations telles que Pro Infirmis et Pro Senectute.

La peur d'être un poids

Pro Senectute propose non seulement un simulateur de prestations complémentaires, mais aussi des conseils personnalisés. Son porte-parole, Peter Burri Follath, a déclaré à Blick: «Nous nous félicitons de l'existence de ces nouveaux services qui sensibilisent le public à cette problématique.» Il souligne toutefois que l'utilisation d'une application peut représenter un vrai défi pour certaines personnes âgées et qu'un service numérique ne peut pas remplacer un entretien en personne.

L'Office fédéral des assurances sociales insiste lui aussi sur l'importance d'informer les personnes concernées de leurs droits aux prestations complémentaires. «Les prestations complémentaires ne sont pas de la charité. Les personnes potentiellement éligibles doivent percevoir ce qui leur est dû», écrit un porte-parole. L'office relève cependant que certaines personnes renoncent volontairement à ces aides afin de ne pas représenter une charge pour la société.

Pour Patrick Hofer, le fait qu'un si grand nombre de bénéficiaires potentiels ne touchent pas les prestations auxquelles ils ont droit constitue «un échec du système». Selon lui, il devrait revenir à l'Etat d'informer les personnes éligibles de leurs droits et de simplifier les démarches administratives.

«Bâle-Ville fait figure de pionnière en la matière», souligne le Zurichois. En début d'année, le canton a, pour la première fois, envoyé des courriers aux personnes susceptibles d'avoir droit aux prestations complémentaires. A l'échelle fédérale, le Canton du Jura a lancé une initiative cantonale visant à faciliter l'accès à ces aides, mais le Parlement a finalement rejeté la proposition.

Prestations pour les proches aidants

L'application «We+» ne se contente pas de faciliter les demandes de prestations complémentaires. Elle permet également de solliciter des allocations destinées aux proches aidants. En Suisse, entre 1,4 et 1,7 million de personnes s'occupent régulièrement d'un membre de leur famille ou d'un proche. Selon l'Observatoire suisse de la santé (Obsan), ce nombre devrait toutefois reculer de 19% au cours des quinze prochaines années en raison de l'évolution démographique.

«Ces chiffres sont alarmants», estime Patrick Hofer. Alors que le secteur des soins souffre déjà d'une pénurie de personnel qualifié, il juge essentiel de mieux faire connaître les possibilités de rémunération des proches aidants. Selon lui, leur travail reste bien moins coûteux qu'une hospitalisation ou qu'un placement en établissement médico-social.

Patrick Hofer a développé seul l'application «We+», avec le seul soutien de l'intelligence artificielle. Ce consultant en management affirme avoir pu programmer l'outil en seulement trois mois grâce à cette technologie. Les services proposés par l'application sont payants, à l'exception de l'aide apportée aux demandes de prestations complémentaires. «Ceux qui demandent des aides complémentaires ont déjà très peu d'argent», explique Patrick Hofer.

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