«Ils n'ont pas envie de travailler à plein temps»
Les patrons s'en prennent aux travailleurs à temps partiel de plus de 50 ans

On s’est trompé. Ce ne sont pas les jeunes, mais les plus de 50 ans qui réduisent le plus leur temps de travail pour privilégier leur temps libre. L’Union patronale suisse évoque un «temps partiel de style de vie» aux lourdes conséquences économiques.
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La génération Z est confrontée au préjugé de vouloir travailler moins que les autres générations.
Photo: Getty Images
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Martin Schmidt

Sur le marché du travail, la jeune génération sert souvent de bouc émissaire. On lui reproche des exigences trop élevées, un manque de résistance ou de motivation. Pourtant, une annonce d’un service d’aide et de soins à domicile du canton de Zurich, qui exclut explicitement les candidats de la génération Z – soit les personnes nées entre 1995 et 2010 – contraste avec les résultats d’une étude de l’Union patronale suisse (UPS), dont Blick a obtenu une copie.

Ses conclusions surprennent. Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les représentants de la génération Z qui choisissent le plus souvent de travailler à temps partiel. «Le plus grand potentiel de main-d’œuvre inexploité lié au travail à temps partiel se trouve chez les plus de 50 ans. Ce sont eux qui réduisent le plus leur taux d’activité, parce qu’ils ne souhaitent pas travailler à plein temps», explique Patrick Chuard-Keller, économiste en chef de l’UPS. Son analyse s’appuie sur les données de l’Enquête suisse sur la population active.

Temps partiel chez les seniors

Les seniors sont nettement plus nombreux à lever le pied pour privilégier leur temps libre. Chez les 50 – 54 ans, 7% des actifs n’ont aucun intérêt à travailler à plein temps. Cette proportion dépasse 10% chez les 55 – 59 ans et atteint 13% après 60 ans. Au total, les travailleurs âgés sont jusqu’à trois fois plus nombreux que la génération Z à réduire leur activité pour des raisons de mode de vie.

Selon les calculs de Patrick Chuard-Keller, ce phénomène représente un potentiel de 86’000 équivalents plein-temps, si toutes les personnes concernées augmentaient leur taux d’activité. «Nous nous offrons le luxe d’une réserve de main-d’œuvre indigène», souligne-t-il. Il s’agit d’une main-d’œuvre bien intégrée, mais dont le potentiel reste en partie inexploité.

Peu de temps partiel chez les étrangers

La raison est simple. Les personnes de plus de 50 ans disposent souvent de revenus plus élevés et d’un patrimoine plus important, ce qui leur permet de réduire leur temps de travail. «Il faut pouvoir se permettre de travailler à temps partiel», rappelle l’économiste. Plus le salaire horaire est élevé, plus la préférence pour le temps libre augmente. Les diplômés universitaires plus âgés, qui figurent parmi les mieux rémunérés, sont ainsi surreprésentés dans le travail à temps partiel choisi.

Autre constat marquant, ce type de temps partiel est particulièrement répandu chez les personnes de nationalité suisse. A l’inverse, les travailleurs étrangers recourent nettement moins au temps partiel volontaire.

Un impact collectif

Les enjeux économiques sont considérables. «Il ne s’agit pas de pointer du doigt les personnes qui choisissent de travailler à temps partiel pour des raisons de mode de vie», précise Patrick Chuard-Keller. D’un point de vue libéral, réduire son activité après des années à plein temps reste une décision personnelle légitime. Mais cette décision a aussi des conséquences collectives. «Elle ne reste pas privée. Via les impôts, les cotisations et les mécanismes de redistribution, elle a un impact sur l’ensemble de la société.»

Selon ses estimations, si toutes les personnes concernées travaillaient à plein temps, le volume salarial brut augmenterait d’environ 8 milliards de francs par an, soit près de 1% du produit intérieur brut. La majeure partie de ce montant proviendrait des plus de 50 ans. Cela représenterait entre 2 et 3 milliards de francs de recettes supplémentaires pour les finances publiques et les assurances sociales. «Il s’agit aussi d’une question d’équité, lorsque certains choisissent de travailler moins qu’ils ne le pourraient», estime-t-il.

Limiter les aides?

Face à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, l’économiste appelle à agir. «De grandes générations partent à la retraite et les entreprises continueront de faire face à des difficultés de recrutement. Le potentiel des personnes déjà actives à temps partiel est relativement facile à mobiliser.»

Il plaide pour des incitations ciblées, des taxes frontalières plus basses, par exemple dans l’optique de la progressivité fiscale, mais aussi la suppression des mauvaises incitations. «Dans certains cas, travailler davantage ne vaut pas la peine, car des aides, notamment pour l’assurance maladie ou le logement, sont réduites.»

Malgré cela, il appelle à la prudence. «Ce potentiel ne pourra pas être exploité entièrement. La Suisse continuera donc de dépendre de l’immigration pour compléter son marché du travail.»

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