Coup de tonnerre pour l’industrie de défense suisse. Vendredi, le Conseil fédéral a officiellement classé les Etats-Unis comme «belligérants» dans le conflit en Iran. Cette décision, justifiée par une application stricte de la neutralité, entraîne l’interdiction immédiate de toute exportation de matériel de guerre vers Washington.
Ce communiqué a mis le feu aux poudres. En invoquant la loi sur le matériel de guerre, le Conseil fédéral considère que la position des Etats-Unis et la même que celles d'Israël et de l'Iran, pour qui une interdiction d'exportation est déjà en vigueur depuis longtemps. Pour la Suisse, le maintien de la neutralité exige de couper l'envoi d'armements vers ces puissances impliquées dans le conflit.
Cette décision est désastreuse pour l'industrie suisse de l'armement, avec notamment un impact financier massif. En 2025, les Etats-Unis ont importé pour plus de 90 millions de francs de matériel militaire suisse, se hissant au deuxième rang des clients de la branche, juste derrière l'Allemagne.
Les chefs d'entreprise menacent de délocaliser
Pour les entreprises concernées, cette décision signifie la perte de contrats lucratifs, et plus le conflit dure, plus les pertes seront importantes. Swissmem, l’association des PME et des grandes entreprises du secteur technologique suisse, ne cache pas son inquiétude: «Par ses déclarations prématurées sur la neutralité la semaine dernière, le Conseil fédéral s’est placé, ainsi que la Suisse, dans une situation extrêmement délicate», a déclaré un porte-parole à Blick. Selon l'organisation, «Les conséquences sont graves non seulement pour l’industrie de défense locale, mais aussi pour la sécurité de notre pays.»
Une part importante des exportations d'armes vers les Etats-Unis est constituée de pistolets et d'armes de poing. Des entreprises comme SIG Sauer et B&T (Brügger et Thomet) figurent parmi les principaux acteurs de ce secteur en Suisse. Toutefois, cette décision affecte également durement les entreprises dont le modèle économique repose exclusivement sur la production de composants individuels. Peter Huber, dont l'entreprise située dans le canton de Neuchâtel fabrique notamment des câblages pour les avions de chasse américains F-35, a déclaré à la SRF: «Si le Conseil fédéral s'oppose à une industrie d'armement, les entrepreneurs comme moi délocaliseront leur production.»
Swissmem met également en garde contre un tel scénario: «Tout le monde doit être conscient que si les fabricants suisses ne sont plus autorisés à approvisionner le marché, premièrement, la confiance, déjà fragile, sera totalement anéantie; et deuxièmement, leur existence même dans notre pays sera remise en question», a déclaré le porte-parole. «Les entreprises seront pratiquement contraintes de délocaliser.»
L'association professionnelle Swissmechanic «prend note avec inquiétude de la décision du Conseil fédéral», a expliqué un porte-parole en réponse à une question de Blick. Swissmechanic craint que l'image des fabricants suisses auprès des consommateurs américains n'en pâtisse. «Les restrictions à l'exportation peuvent nuire à la confiance dans les entreprises suisses en tant que partenaires fiables», a déclaré le porte-parole. La sécurité d'approvisionnement est primordiale, notamment dans le secteur de la défense. «Il existe donc un risque que la Suisse devienne moins attractive pour ce type d'achats.»
«Nous en subirons les conséquences»
Swissmechanic précise que cette décision pourrait avoir un impact significatif sur le volume des commandes et la visibilité des projets des entreprises. L'ampleur de cet impact dépendra de leur modèle économique et de leur orientation vers l'exportation. Dans le cas de l'entreprise familiale Sauter Bachmann, basée à Glaris et spécialisée dans la fabrication de boîtes de vitesses pour les avions de chasse américains, cette prévision se confirme. «Si nous ne sommes plus en mesure d'approvisionner nos clients américains, nous en subirons les conséquences, non seulement au niveau de l'entreprise, mais aussi au niveau national», a déclaré Max Bachmann, co-PDG, à CH Media.
Pendant que les PME montent au créneau, les géants du secteur restent prudents. Ruag ne fera aucun commentaire sur la décision du Conseil fédéral, a expliqué un porte-parole. L'entreprise publique suisse a indiqué avoir pris note de la décision et examiner son impact potentiel sur ses exportations. Une demande d'information de Blick auprès du groupe allemand Rheinmetall, qui possède plusieurs filiales et coentreprises en Suisse, est en cours. Une chose est sûre: pour l'armement suisse, le ciel s'est brusquement assombri.