Leur amitié fragilisée
En difficulté à cause de l'Iran, Trump va-t-il laisser tomber son vieil ami Netanyahu?

L'offensive de Benjamin Netanyahu contre l'Iran met Donald Trump en difficulté. Face à une popularité qui chute, les élections de mi-mandat de cet automne pourraient être un désastre pour lui. Comment le président américain peut-il s'en sortir en limitant les dégâts?
Donald Trump (à droite) avec Benjamin Netanyahu: l'amitié a souffert de la guerre en Iran.
Photo: AP
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Guido Felder

Ils n'ont jamais manqué une occasion de souligner leur amitié mutuelle. Benjamin Netanyahu a fait l'éloge de Donald Trump, déclarant: «Vous êtes le meilleur ami qu'Israël n'a jamais eu à la Maison Blanche.»

Mais aujourd'hui, l'amitié entre le président américain et le Premier ministre israélien semble se fragiliser. Avec sa guerre en Iran, Trump semble s'être tiré une balle dans le pied. Sa cote de popularité aux Etats-Unis est en chute libre, tandis que les actes antisémites augmentent.

Trump va-t-il laisser tomber Netanyahu? Le conflit entre les deux hommes a éclaté au grand jour après qu'Israël a bombardé ce mercredi le plus grand champ gazier du monde: le South Pars, situé en Iran. L'Iran a répliqué en frappant des infrastructures énergétiques des pays du Golfe. Résultat: les prix de l'énergie continuent leur envolée aux quatre coins du monde. 

Le président américain a affirmé ne pas avoir été mis au courant des plans d'attaque d'Israël. «Tout est coordonné, mais il (Netanyahu, ndlr) lui arrive de faire quelque chose de son propre chef.» Plus tard, le républicain a ajouté sur Truth Social, en majuscule, qu'Israël ne mènerait «plus aucune attaque» contre le champ de gaz. Un message à Netanyahu.

La semaine dernière déjà, lorsqu'Israël avait bombardé des dépôts de carburant à Téhéran, Trump avait réagi avec colère. «Le président n'apprécie pas cette attaque», avait déclaré l'un de ses conseillers.

Les Américains désapprouvent la guerre

Depuis l'attaque américaine en Iran, les Etats-Unis souffrent aussi de la guerre de Trump. Pour l'heure, 13 soldats américains ont perdu la vie et près de 200 autres sont blessés. Par ailleurs, la flambée des prix de l’énergie pèse lourdement sur l'économie américaine et les consommateurs.

Le refus des pays européens membres de l’OTAN de soutenir une intervention dans le détroit d'Ormuz met aussi en évidence l'isolement de Donald Trump sur la scène internationale. Et la réaction du républicain n'a pas manqué: «LÂCHES», a-t-il lâché sur Truth Social.

Les sondages de l'opinion publique américaine sur la guerre en Iran parlent d'eux-mêmes: en moyenne, seuls 44,1% des Américains trouvent que la guerre est justifiée, selon Reuters/Ipsos. La situation était totalement différente pour les guerres en Irak (70-80% d'approbation) et en Afghanistan (90%). 

La sympathie pour Israël diminue

L'amitié historiquement solide entre les Etats-Unis et Israël commence à montrer ses limites. Selon les sondages de Gallup, les Américains disent pour la première fois éprouver plus de sympathie pour les Palestiniens que les Israéliens. Par ailleurs, l'antisémitisme augmente dans le pays: après l'attentat contre une synagogue dans le Michigan le 12 mars dernier, les dispositifs de sécurité ont été massivement renforcés dans les institutions juives.

De nombreux Américains considèrent que l'Iran ne représentait pas une menace immédiate pour les Etats-Unis au moment des frappes, le 28 février passé. Contrairement à ce qu'a prétendu le gouvernement. C'est précisément pour cette raison que le chef de l'anti-terrorisme de Trump, Joe Kent, a récemment jeté l'éponge.

Même les républicains sont divisés: ils sont de plus en plus nombreux à penser qu'Israël tire les ficelles, incitant le gouvernement américain à se lancer dans cette guerre. «J'aimerais que le président trouve un moyen de mettre fin à la guerre», a déclaré la sénatrice de l'Alaska, Lisa Murkowski.

Israël en danger sans l'aide des Etats-Unis

Trump doit toutefois aller jusqu'au bout des choses. Un retrait mettrait Israël dans l'embarras. Bien que l'Etat hébreu dispose d'armes offensives ultramodernes, sa défense présente des failles. Le Dôme de fer tant vanté, qui intercepte les missiles ennemis, est finalement devenu perméable. Par ailleurs, les stocks de missiles de défense ne sont pas illimités.

En fonction de ses capacités militaires, Téhéran pourrait recourir à des drones bon marché pour saturer et épuiser les systèmes de défense coûteux d'Israël avant de frapper avec des missiles précis. En dernier recours, et en l’absence de soutien des Etats-Unis, il resterait à Israël l'option «Samson». A savoir, l'usage de la bombe nucléaire, et un scénario cauchemardesque pour le monde entier.

L'issue possible

Malgré une amitié qui se fragilise, il est quasiment impossible que Trump laisse tomber Netanyahu. Il doit toutefois calmer le jeu s'il veut avoir une chance de remporter les élections de mi-mandat en novembre. La question est de savoir comment.

La solution du président américain réside probablement dans un mélange de pression militaire pour satisfaire Netanyahu et de négociations secrètes avec l'Iran. L'objectif de ces discussions pourrait être un assouplissement des sanctions afin que l'Iran puisse à nouveau exporter son pétrole et libérer le détroit d'Ormuz.

L'amitié sincère qui existait jusqu'à présent entre les deux hommes s'est transformée en un calcul glacial. Trump doit tenir Netanyahu en laisse. Car dans cette guerre, un seul chiffre compte pour l'Américain: le prix de l'essence à la pompe américaine. C'est lui qui décidera de son avenir à Washington lors des élections de mi-mandat.

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