La campagne pour l’initiative des 10 millions d’habitants de l’UDC est plus tendue que jamais. L’opposition est en tête des sondages, mais de justesse. L’issue de la votation reste encore incertaine; tout dépendra de la mobilisation des deux camps. Une fin de match haletante!
Le conseiller fédéral socialiste Beat Jans s’est lui-même pleinement investi dans la campagne. Depuis plusieurs semaines, le Bâlois sillonne le pays, prend la parole lors de manifestations et accorde de nombreuses interviews. Son engagement dépasse largement celui habituellement attendu d’un conseiller fédéral.
Appel à la mobilisation interne
La campagne intensive menée par Beat Jans est depuis longtemps une source d’irritation pour l’UDC. Aujourd’hui, un procès-verbal émanant du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM), relevant du département de Beat Jans, vient jeter de l’huile sur le feu.
Lors d’une réunion de la direction du SEM à la mi-mai, une cheffe de section a présenté les résultats du premier sondage d’opinion GFS – qui indiquait alors une impasse entre opposants et partisans – mais a également saisi cette occasion pour lancer un appel interne aux participants à la réunion.
Elle a déclaré qu'elle apprécierait que les collaborateurs «informent leurs familles, leurs amis et leur entourage au sujet de l’initiative et, le cas échéant, les éclairent», selon le procès-verbal écrit de la réunion, dont Blick a pris connaissance.
Selon le document, l’initiative n’aurait pas de répercussions sur la politique d’asile, mais aurait des conséquences considérables sur la migration au sein de l’UE/AELE et entraînerait la fin de l’accord sur la libre circulation des personnes. «Une partie de la population ne semble pas en avoir conscience», poursuit le procès-verbal. «Accepter cette initiative dans le seul but d’envoyer un message n’est pas judicieux.»
«C’est un abus total»
Ces consignes ont fait bondir le président de l’UDC, Marcel Dettling: «C’est un abus total», estime-t-il. «Premièrement, les fonctionnaires ne font pas de propagande électorale.» Deuxièmement, il estime que cette cadre abuse de sa position de supérieure hiérarchique vis-à-vis de ses collaborateurs. «Nous sommes ici en Suisse et pas en Chine. Nous avons la liberté de vote», poursuit Marcel Dettling. «Elle devrait immédiatement retirer ses instructions et présenter ses excuses aux collaborateurs pour ce faux pas».
Cet incident est toutefois révélateur: «C’est par la tête que le poisson pourrit. Son supérieur hiérarchique est le conseiller fédéral Beat Jans, et lui non plus ne respecte aucune règle», s’insurge Dettling. Il affirme que le conseiller fédéral mènerait une véritable propagande contre l’initiative et diffuserait même de fausses informations au lieu d’informer de manière équilibrée. «Il est temps que le peuple suisse se défende: en votant oui à l’initiative pour la durabilité», conclut Dettling.
Nouveau courriel pour rectifier les faits
Le Secrétariat d’Etat aux migrations prend la défense de la cadre en question. Le porte-parole du SEM, Daniel Bach explique qu'elle a recommandé à ses collègues d’informer leur entourage du contenu et des conséquences de l’initiative: «Elle peut le faire parce qu’en tant que cheffe de section compétente, elle s’est penchée de manière approfondie sur le sujet et le connaît bien, tout comme ses collaborateurs.» Cela lui permet de se forger une opinion sur la base de faits et d’informations fiables.
Dans le même temps, Daniel Bach l’admet: «La dernière phrase est, il faut le reconnaître, mal formulée, car elle pourrait être interprétée comme une recommandation». Ce qu’elle voulait dire, en réalité, c’est qu'«il est important de bien s’informer avant de voter sur une question aussi importante». Fondamentalement la responsable de section partage la position du Conseil fédéral sur cette question.
Cette affaire est bien sûr gênante pour le SEM, car elle offre à l’UDC une nouvelle occasion de l’attaquer. Et celui-ci ne reste donc pas les bras croisés. «La vice-directrice compétente s’adressera par e-mail à tous les participants et précisera que la déclaration figurant dans le procès-verbal ne doit pas être considérée ni comprise comme une recommandation de vote», annonce Daniel Bach. Il va de soi que chaque collaborateur du SEM est «totalement libre de se forger sa propre opinion». Il souligne encore: «La direction du SEM ne donne aucune recommandation de vote».