Les écarts se creusent
Quels médecins gagnent le plus gros salaire en Suisse?

En Suisse, les médecins-chefs peuvent gagner plus qu’un conseiller fédéral, mais les inégalités salariales sont frappantes dans la profession. Les généralistes, pourtant essentiels, restent bien moins rémunérés que les spécialistes.
Les salaires des médecins varient en fonction de leur spécialité.
Photo: KEYSTONE
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Tobias Bruggmann

D'après notre enquête, certains médecins-chefs gagnent en Suisse davantage qu'un conseiller fédéral. Toutefois, au sein même de la profession, les inégalités de revenus demeurent très marquées.

L'Office fédéral de la statistique s'est penché en 2021 sur les revenus des praticiens installés à leur compte. Selon les données relayées par le «Beobachter», les gastro-entérologues tirent particulièrement leur épingle du jeu avec un revenu médian de 447'896 francs. Ils sont suivis par les ophtalmologues (342'196 francs) et les cardiologues (322'865 francs).

Les médecins de famille, avec lesquels la population est pourtant le plus souvent en contact, se situent dans la seconde moitié du tableau. S'ils gagnaient 208'181 francs, soit une rémunération légèrement supérieure à la moyenne générale fixée à 203'158 francs, le fossé avec les spécialistes les mieux payés reste immense.

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En bas d'échelle, on retrouve les psychiatres et les psychothérapeutes avec environ 159'000 francs. Quant à ceux qui exercent auprès d’enfants et d’adolescents, leurs gains s'avèrent plus faibles encore.

Une pénurie de médecins généralistes menace

Bien que ces chiffres remontent à 2019, la tendance ne s'est guère améliorée depuis. Choisir la médecine générale plutôt qu'une spécialité technique implique souvent un renoncement financier net. Dans le même temps, la pénurie de médecins de famille s’aggrave. Une étude représentative publiée en octobre dernier par le Centre universitaire de médecine générale de Bâle indique en effet qu’un quart d'entre eux devra être remplacé d’ici 2030. A ce jour, 13% poursuivent déjà leur activité au-delà de l’âge légal de la retraite.

«Il est exact que la médecine générale et la pédiatrie rapportent nettement moins que les autres spécialités», confirme l’Association des médecins généralistes et pédiatres. Il s'agirait même de la cause principale du manque de relève.

L’association explique cette disparité par l'impossibilité, dans les soins de base, de «facturer des prestations complémentaires non remboursées par l’assurance de base». La structure tarifaire désavantage aussi la médecine générale, une pratique axée sur le dialogue et l'accompagnement. «La grille tarifaire s'appuie sur des critères obsolètes qu'il faut corriger d'urgence. Sans cette révision, l'écart de revenus continuera de léser les généralistes, les pédiatres, mais aussi les psychiatres.»

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Pour l’association, la revalorisation de la consultation est «une priorité absolue, d'autant que de nombreux cabinets frôlent aujourd'hui la faillite». Elle rappelle au passage: «Le fait d'offrir moins de débouchés financiers que d'autres voies médicales depuis des décennies a pesé lourd sur la profession.»

Dans le même temps, la médecine générale susciterait un regain d'intérêt auprès des étudiants par rapport aux années précédentes. Il convient désormais d'offrir de véritables perspectives d'avenir, fondées sur une baisse de la bureaucratie et de meilleures conditions d’exercice.

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