En bref
- La coprésidente du PLR estime que la hausse de la TVA pour la 13e AVS est une «arnaque»
- Elle critique le manque de soutien des organisations économiques et se dit déçue
- Elle demande un ticket UDC diversifié pour la succession de Guy Parmelin au Conseil fédéral
Seuls contre tous: le Parti libéral-radical (PLR) et sa coprésidente, Susanne Vincenz-Stauffacher, font campagne pour le «non» en vue des votations du 29 novembre. Les citoyens suisses devront se prononcer sur une hausse de la TVA destinée à financer la 13e rente AVS.
Ni les associations économiques ni les autres partis bourgeois ne se sont lancés dans la course avec les libéraux-radicaux. Blick est allé à la rencontre de Susanne Vincenz-Stauffacher dans son bureau, à Saint-Gall.
Blick est allé rencontrer Susanne Vincenz-Stauffacher dans son bureau à Saint-Gall. «Je suis extrêmement déçue par les associations économiques», déclare la conseillère nationale. Mais avant cela, il est question de l’élection au Conseil fédéral.
Susanne Vincenz-Stauffacher, le conseiller fédéral Guy Parmelin démissionne. Qu’attendez-vous de l’UDC pour l’élection complémentaire?
En tant que parti arrivé en tête des élections, les deux sièges de l'UDC sont incontestés. Mais le parti a aussi une responsabilité de présenter un ticket suffisamment diversifié. Il devrait tenir compte des diversités linguistiques et de l’équilibre régional. A mon sens, sa liste devrait inclure une personne de Suisse latine ainsi qu’une femme. Bien sûr, élire une femme n’est pas une obligation: ce sont avant tout les compétences qui doivent primer. Mais l'UDC compte des femmes tout à fait qualifiées.
Vous ne citez aucun nom...
(Elle rit) Nous ne savons même pas encore qui souhaite se porter candidat. Les noms qui circulent, Céline Amaudruz, Natalie Rickli et Esther Friedli, m’intéressent. Il y en a certainement d’autres.
Avec Karin Keller-Sutter, votre canton d’origine, Saint-Gall, compte déjà une conseillère fédérale. Peut-il en accueillir une deuxième avec Esther Friedli?
Le pays a besoin des personnes les plus compétentes! Il n’est pas exclu d’élire deux élus du même canton.
Si elle était élue, vous pourriez vous présenter pour le siège saint-gallois au Conseil des Etats. De belles perspectives pour vous!
Cette question ne se pose pas pour le moment. Si Esther Friedli accédait au Conseil fédéral, ce qui serait évidemment une excellente nouvelle pour Saint-Gall, la situation serait alors amenée à évoluer. Une nouvelle configuration se dessinerait naturellement.
Le PLR conservera-t-il ses deux sièges au Conseil fédéral après les élections de 2027?
C’est en tout cas notre objectif, et nous nous battons pour l’atteindre. A un an des élections, nous voulons accroître notre part de l’électorat. Tous nos partis cantonaux sont mobilisés dans le même sens. Nous sommes prêts à mener campagne.
Votre parti a perdu 21 sièges depuis les dernières élections nationales! Les dernières élections cantonales donnent au PLR peu de raisons d’être optimiste.
C'est du passé. Une chose me rend confiante: nous sommes le parti qui a remporté le plus de votes. Cela passe notamment par des projets majeurs, comme la suppression de la valeur locative et l’instauration de l’imposition individuelle. Nous nous sommes également fortement mobilisés contre l’initiative des 10 millions. Tout cela montre que nous sommes à l’écoute des préoccupations de la population et proches de ses attentes.
Le 29 novembre, le peuple suisse votera pour déterminer si la TVA doit être augmentée afin de financer la 13e rente AVS. Le PLR lutte pratiquement seul contre ce projet. Avouez-le: vous êtes contre car vous êtes fondamentalement opposée à la 13e AVS.
Le verdict des urnes est sans équivoque. Quoi qu’il en soit, la 13e rente AVS sera versée dès décembre, que le peuple accepte ou rejette la proposition. En revanche, nous nous opposons au mode de financement prévu, car il représente une charge trop importante pour la population.
Au Parlement, la hausse de la TVA est apparue comme la seule solution concrètement réalisable. Est-ce politiquement responsable que le PLR combatte la seule solution susceptible de recueillir une majorité?
Ce n’est pas parce qu’une solution s’est imposée au Parlement que nous devons rester les bras croisés si nous ne la considérons pas comme étant dans l’intérêt de la population.
Mais votre parti est assez seul sur ce combat...
Oui, et je ne comprends absolument pas pourquoi! Au Conseil national déjà, nous étions les seuls à avoir voté unanimement contre la hausse de la TVA. Pourtant, nous recevons un soutien clair de notre base, qui nous remercie de nous jeter dans l'arène.
Pourtant, les représentants de l’économie vous apportent peu de soutien.
Je suis extrêmement déçue par les organisations économiques. Avant l'été, l'Union patronale affirmait encore qu'une hausse illimitée de la TVA serait néfaste pour l’économie. Puis, pendant les vacances d’été, elle a comme perdu sa voix. Aujourd'hui, alors que l'augmentation des cotisations salariales a été écartée, elle ne prend plus position sur la hausse de la TVA. Cela m’irrite et m’énerve.
Qu'en est-il des autres organisations?
J'en attendais plus d’Economiesuisse. Dans son discours d’adieu, son président sortant, Christoph Mäder, a plaidé pour des réformes structurelles de l’AVS. Pourtant, l’organisation refuse de se prononcer sur un projet qui ne prévoit aucune mesure de ce type. Ses déclarations restent donc lettre morte. A l’inverse, l’association industrielle Swissmem se démarque positivement en recommandant au peuple de voter «non». Quant à l’Union suisse des arts et métiers, je reste prudemment optimiste, même si elle ne se prononcera que tardivement.
Dans votre campagne, vous parlez même d’une «arnaque». Pourquoi?
Quand je discute avec les gens, beaucoup ont l’impression qu’un «oui» permettrait de financer durablement la 13e rente AVS. Sauf que ce n’est pas le cas. On touche au pouvoir d'achat de la population, sans même financer la moitié de ce qui est nécessaire pour la 13e rente AVS. Présenter malgré tout cette solution à la population comme si la question du financement était réglée, c’est tout simplement une arnaque.
Ce sont de graves accusations...
Je ne comprends précisément pas la gauche. Elle a toujours dénoncé la TVA comme un impôt antisocial. Or, dans les faits, une hausse pèserait proportionnellement davantage sur les ménages modestes que sur les plus aisés.
La TVA passerait de 8,1 à 8,5%. Ne jouez-vous pas sur la peur des gens pour à peine quelques dixièmes de point de pourcentage?
Manifestement, nos adversaires considèrent que ces coûts sont supportables pour une famille moyenne. Même les syndicats, qui dénonçaient encore récemment le caractère antisocial d'une hausse de la TVA, soutiennent pourtant aujourd'hui cette mesure. Or, selon une étude que nous avons commandée, celle-ci coûterait 3,6 milliards de francs à l’économie sur dix ans, notamment aux PME. Finalement, cette mesure affecte tout le monde.
Le taux réduit de TVA applicable aux biens de consommation courante reste inchangé. Les ménages seraient donc moins touchés.
Mais si! La hausse concerne aussi les coûts de production. Le camion qui livre la farine à la boulangerie, par exemple, devra payer davantage pour le diesel ou l’électricité. Ces surcoûts se répercutent ensuite indirectement sur les prix. Or, les marges sont faibles: une boulangère ou un boulanger ne peut pas absorber indéfiniment ces dépenses supplémentaires. Le secteur de la restauration devra lui aussi répercuter la hausse des coûts sur les prix. Ce mécanisme d’enchaînement des hausses fiscales est bien plus complexe et dommageable qu’on ne le laisse entendre.
Que proposez-vous alors pour financer la 13e rente AVS?
En économisant dans le budget fédéral. Nous avons un budget solide, les prévisions sont bonnes. En utilisant les ressources de manière plus ciblée, nous pourrions éviter aussi bien une hausse des cotisations salariales qu’une augmentation de la TVA.
Est-ce réaliste? La plupart des propositions d’économies ont échoué jusqu’ici à Berne.
Nous avons soutenu dès le départ les propositions du Conseil fédéral dans le cadre du programme d'économie budgétaire. Le Parlement en a ensuite réduit la portée. Au printemps, le Conseil fédéral avait également prévu des économies supplémentaires de 500 millions de francs, avant d’abandonner cette mesure lorsque les perspectives de recettes issues de l’impôt sur le bénéfice se sont améliorées. Ainsi, sur les 1,5 milliard de francs attendus de la hausse de 0,4 point de TVA, un tiers aurait déjà pu être couvert.
Mais voilà, cela n’a pas fonctionné. Encore une fois: quelle est votre solution susceptible de recueillir une majorité?
Le fonds AVS peut servir de solution transitoire. Nous avons le temps de renvoyer le projet à ses auteurs et de concevoir une proposition plus convaincante. Comme souvent, c’est une combinaison de mesures qui pourrait réunir une majorité: de véritables économies, accompagnées d’une réforme structurelle.
Vous parlez toujours de «réformes structurelles». Mais que voulez-vous dire par là? Un relèvement de l’âge de la retraite?
Présentée de cette manière, cette proposition ne tient pas suffisamment compte des différences entre les parcours professionnels. Plusieurs modèles sont envisageables, notamment un système qui prendrait en compte la durée de la vie active. Pour ma part, j’ai fait des études et commencé à travailler plus tard. De plus, je n’exerce pas un métier particulièrement exigeant sur le plan physique. Dans mon cas, prolonger ma carrière ne poserait donc aucun problème.
Vous aurez bientôt 60 ans.
Ça me fait bizarre de me dire que j'aurai terminé dans cinq ans. Il me semble légitime qu’une personne ayant commencé un apprentissage à 16 ans et exercé un métier physiquement exigeant, dans le bâtiment ou les soins par exemple, puisse partir à la retraite plus tôt. Il faut tenir compte de l’évolution démographique, mais aussi de la pénibilité des métiers. A mes yeux, il n’est donc plus pertinent de fixer un âge de départ à la retraite identique pour tout le monde.
Que voulez-vous concrètement?
Il faudrait mettre en place un modèle qui tienne davantage compte des différentes situations individuelles. L'idée serait par exemple d'adopter une approche plus flexible qui prenne notamment en considération le nombre d’années déjà passées sur le marché du travail. Ce type de système n’a rien d’exceptionnel, d’autres pays appliquant déjà des modèles similaires. Mais ici, on dirait qu'on préfère augmenter la TVA, en faisant ainsi peser une charge supplémentaire sur la population. Le Conseil fédéral et le Parlement semblent considérer la TVA comme une solution universelle à tous les problèmes.
Penchons-nous sur votre parti: vous avez un coprésident, mais vous êtes beaucoup plus présente. Quand prendrez-vous seule la direction du PLR?
Il y a des périodes lors desquelles je suis plus présente, puis des phases où c'est Benjamin Mühlemann. Cette coprésidence est une bonne chose pour le PLR et pour nous deux. Nous nous sentons très bien dans ce type de fonctionnement et ne voulons pas changer de modèle.
Vos délégués se sont prononcés contre la double majorité des cantons pour le paquet d’accords avec l’UE. Vous y êtes désormais favorable. N’est-ce pas un désaveu de la démocratie interne du parti?
Notre prédécesseur avait consulté les délégués dans le cadre de la procédure de consultation. A cette occasion, 75% d’entre eux s’étaient prononcés en faveur des traités sur le principe, tandis que 55% estimaient qu’une double majorité des cantons n’était pas nécessaire. C’est exactement la position que nous avons défendue dans notre réponse à la consultation. En tant que juriste, je constate que notre Constitution actuelle n’impose pas de double majorité des cantons. Mais mon attachement personnel au fédéralisme me conduit aussi à considérer qu’une telle majorité serait appropriée. Une modification constitutionnelle permet désormais d’ouvrir clairement cette voie sur le plan juridique. Cette possibilité n’est toutefois apparue qu’après la décision des délégués. Lorsque j’échange avec eux, ils sont en mesure de comprendre ma position.
Ceux qui réclament une double majorité des cantons cherchent en réalité à faire échouer le paquet d’accords avec l’UE...
Ce discours m’énerve au plus haut point! Je suis moi-même favorable au paquet d’accords, tout en estimant qu’une double majorité des cantons serait justifiée. Prétendre que tous ceux qui défendent cette exigence sont opposés au paquet ne correspond absolument pas à ma position.
Sur un autre sujet: vous êtes récemment devenue grand-mère.
… oui, c’est fantastique! Le petit nous tient bien occupés.
Votre gendre est le conseiller national UDC, Mike Egger. Il y a sans doute eu dernièrement encore beaucoup de potentiel de dispute à table.
Mike et moi nous apprécions beaucoup sur le plan personnel. Mais, au sein de la famille, nous avons établi certaines règles. Pour préserver l’harmonie, nous évitons d’aborder certains sujets lors des repas du dimanche. Cela dit, si jamais la conversation venait à manquer de piquant, il nous suffirait de lancer un sujet pour mettre un peu d’ambiance!
Et les étincelles volent?
Ce serait un peu comme un débat, mais sans modérateur. (Elle rit) C'est magnifique que ma fille Lisa et Mike se soient retrouvés au-delà des frontières partisanes et aient fondé une famille. C’est ça qui caractérise la Suisse!
Arrivez-vous vraiment à déconnecter lorsque la politique s’immisce jusque dans votre vie privée?
Mon mari m’y aide. Il s’intéresse à la politique, mais n’y est pas actif. Quand je rentre de Berne, il me dit parfois qu’il faut me recalibrer. Quand cela devient trop pour lui, il ramène la conversation à des choses très concrètes du quotidien, comme le linge qu’il nous reste à faire.