L’égalité des sexes était une priorité absolue pour l’ancienne ministre de la Défense, Viola Amherd. Cependant, la culture machiste a la vie dure sous les drapeaux. A l’automne 2024, une étude choc révélait que les rares femmes servant dans l’armée suisse restaient massivement confrontées à des discriminations et des violences sexuelles. «Ces résultats m’ont choqué. Ils sont inacceptables», s’était alors indigné le chef d’état-major de l’armée de terre de l’époque, Thomas Süssli.
L’armée avait déjà élaboré une stratégie de diversité assortie d’un plan d’action. L’étude a toutefois mis en évidence la nécessité de prendre des mesures supplémentaires. Pour tenter d’endiguer le problème, Viola Amherd a créé en 2022 le bureau «Femmes dans l’armée et diversité», un point de contact direct et centralisé. Cependant, les progrès sont lents: la proportion de femmes reste à 1,6%, loin de l’objectif fixé à 10%.
Le service est sous pression depuis longtemps
L’UDC considère depuis longtemps cette unité spécialisée comme un frein à son développement, arguant qu’elle n’apporte «aucune valeur ajoutée perceptible». Le parti a maintes fois réclamé sa suppression pure et simple, ce qui permettrait d’économiser environ un million de francs par an. Jusqu’à présent, le successeur de Viola Amherd, Martin Pfister, ne s’était pas prononcé.
Mais le vent a tourné: l’armée a un besoin urgent de fonds pour se moderniser au plus vite. Dans une nouvelle tentative, l’UDC a exigé du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) qu’il réduise ses dépenses internes et priorise certains secteurs afin de réorienter les fonds vers le renforcement des capacités de défense.
Et la stratégie de la droite dure paie. Dans une réponse officielle, le Conseil fédéral confirme que le DDPS est désormais disposé à réexaminer les missions et la structure de l’unité «Femmes dans l’armée et diversité». S’agit-il d’un aveu implicite de désaveu? Si le département était pleinement satisfait de ce service, pourquoi accepterait-il de réexaminer son fonctionnement?
«Cela ressemble fort à une concession à l’UDC», confirme Priska Seiler Graf, conseillère nationale du Parti socialiste. «C’est remarquable. Sous Amherd, cela n’aurait certainement pas posé problème.» Pour la gauche, le signal envoyé est désastreux, d’autant que le dernier rapport sur le sexisme dans les casernes exigeait des mesures fortes. Dissoudre cette unité serait, selon Priska Seiler Graf, tout simplement «présomptueux».
Le grand flou
Quelles sont les intentions réelles du DDPS? Le département refuse obstinément de répondre, se retranchant derrière les débats parlementaires à venir. Un argument circulaire qui agace sous la Coupole, puisque les élus manquent justement d’informations concrètes pour pouvoir en débattre.
Même l’UDC reste sur sa faim face aux louvoiements du nouveau ministre de la Défense. «Comme c’est souvent le cas, tout reste flou», peste le conseiller national UDC Thomas Hurter. Selon lui, Martin Pfister ne partage pas le dogme de sa prédécesseur et voit bien qu’il faut sabrer dans les coûts. «Mais au bout du compte, il lui manque souvent le courage politique de véritablement bousculer le système en place.» Le bras de fer ne fait donc que commencer.