Une expulsion très délicate
Les criminels afghans en Suisse mettent Beat Jans dans l'embarras

Le Secrétariat d'Etat aux migrations veut rapatrier les Afghans criminels «le plus rapidement possible». Mais un violent conflit fait désormais rage entre l'Afghanistan et le Pakistan. Le projet phare de Beat Jans est mis sous pression.
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Lundi soir, une attaque a eu lieu dans un centre de désintoxication à Kaboul.
Photo: keystone-sda.ch
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Robin Bäni

Le conseiller fédéral socialiste est sous le feu des critiques. D'un côté, l'Union démocratique du centre (UDC), premier parti de Suisse, ne lui laisse aucun répit, pointant des chiffres de l’asile jugés trop élevés, une criminalité en hausse et l'accusant de laxisme. Pour répliquer, Beat Jans avait musclé son discours en 2024, promettant le renvoi systématique et «aussi rapidement que possible» des criminels afghans vers le territoire contrôlé par les talibans. Un signal de fermeté qui, aujourd'hui, se heurte à la réalité du terrain.

Alors que le Proche-Orient accapare l'attention — le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) a suspendu les procédures d’asile des ressortissants iraniens — le conflit entre l'Afghanistan et le Pakistan, moins médiatisé, s'envenime. En début de semaine, une clinique de désintoxication a été attaquée dans la capitale afghane, Kaboul. Plus de 400 personnes auraient été tuées, a rapporté le régime taliban. La mission d'aide locale de l'ONU a confirmé une frappe aérienne pakistanaise sur l'établissement.

Si une trêve fragile a été observée pour le Ramadan, elle expire ce lundi sans qu'aucune solution durable ne se dessine. Dans ce contexte, une question se pose: le SEM va-t-il suspendre les renvois vers l'Afghanistan, comme il l'a déjà fait pour les ressortissants iraniens?

Le SEM prépare les renvois

Officiellement, le SEM ne cède pas à la panique. Il indique observer la situation «attentivement» et l'analyser «en permanence». Pour l'heure, la pratique ne change pas, les procédures se poursuivent. «Le SEM prépare actuellement d’autres opérations de renvoi», précise l'office. Depuis octobre 2024, sept délinquants afghans ont été expulsés, et une vingtaine d'autres individus au profil similaire sont dans le collimateur des autorités.

Avant même que le conflit n’éclate au grand jour, les renvois vers l’Afghanistan étaient déjà controversés. Le régime taliban est critiqué pour de graves violations des droits humains. En juillet 2025, l'ONU rapportait déjà des cas de torture et d'exécutions parmi les rapatriés. Le SEM se défend en affirmant que chaque dossier est traité «au cas par cas», dans le strict respect de la Convention européenne des droits de l'homme.

Une décision délicate

L'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) s'oppose depuis longtemps aux renvois, en raison des violations avérées des droits humains. «Un retour est extrêmement dangereux pour de nombreux Afghans et Afghanes», martèle l'organisation, soulignant que les récents combats avec le Pakistan ne font qu'aggraver une situation déjà catastrophique.

Beat Jans se retrouve au pied du mur. S'il suspend les expulsions par humanisme ou réalisme sécuritaire, il offre une tribune en or à l'UDC. S'il s'obstine à renvoyer des criminels dans une zone de guerre ouverte, il risque une crise d'image majeure pour son département. Il s'agit d'une décision délicate.

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