Les risques liés à la guerre au Moyen-Orient deviennent imprévisibles concernant sa durée et son résultat, estime le ministre suisse des Affaires étrangères Ignazio Cassis dans un entretien publié samedi. «Si le but était de tout résoudre par une opération du style Venezuela, cela n'a pas été atteint», déclare-t-il au journal Le Temps.
«Et l'on risque de s'engager dans une guerre dont nous avons de la peine à saisir la durée, l'intensité et les résultats. Et il y a aussi l'escalade du conflit à l'échelle de toute la région, celle du Moyen-Orient. C'est ce que la Suisse a toujours voulu éviter», affirme-t-il.
Communication par les armes
Depuis des décennies, la Suisse joue un rôle clé pour maintenir un minimum de relations diplomatiques entre les Etats-Unis et l'Iran. La Suisse représente ainsi les intérêts américains en Iran depuis que Washington a rompu ses relations diplomatiques avec Téhéran après la crise des otages de 1980, un an après la révolution islamique en Iran.
«Le rôle de canal de communication continue, il n'a été dénoncé ni d'un côté ni de l'autre», assure Ignazio Cassis. «Mais actuellement, il ne s'applique pas, puisque la communication se fait, hélas, par les armes.»
Les négociateurs américains et iraniens ont mené des discussions indirectes sur le programme nucléaire iranien à travers des médiateurs omanais le 26 février en Suisse. Deux jours plus tard, les Etats-Unis et Israël ont lancé leur attaque contre l'Iran, qui a répliqué en frappant des cibles dans la région du Golfe et au-delà.
Quelle solution?
Ignazio Cassis déclare s'être entretenu avec les parties en présence le 26 février: «Tous semblaient penser que nous disposions encore d'un peu de temps pour parvenir à une solution». Et d'ajouter : «Lorsque des progrès sont en cours, on ne peut évidemment pas se réjouir qu'une guerre éclate au moment même où l'on avance. L'Histoire montre que la plupart des conflits finissent par se résoudre autour d'une table».
La Suisse a décidé vendredi qu'elle n'autoriserait pas l'exportation de matériel de guerre aux Etats-Unis durant la guerre au Moyen-Orient, conformément à son principe de neutralité militaire. Berne a en outre déjà refusé des requêtes américaines de survol de son territoire depuis le début du conflit.
«Nous leur avons expliqué qu'il n'était pas possible, au regard de la neutralité, de laisser leurs avions de guerre survoler notre territoire. Mais comme le survol ne dure que quelques minutes, ils peuvent facilement trouver des alternatives. Nous n'attendions donc pas de fortes réactions», explique-t-il.