La situation s'est apaisée. Grâce à un tunnel de drainage de deux bons kilomètres de long, dont le coût s'élève à 40 millions de francs, Brienz (GR) ne semble plus menacée aussi directement qu'au printemps 2023, lorsque des masses d'éboulis avaient glissé jusqu'aux abords du village et que la population avait dû être évacuée. Un scénario qui s'est reproduit fin 2024. Depuis le début de cette année, une partie des quelque 90 habitants est revenue.
Bien que le danger soit désormais écarté, environ la moitié d'entre eux souhaite tout de même partir: l'incertitude et les tensions au sein du village mettent les nerfs à rude épreuve. Quarante-deux personnes concernées ont déposé une demande pour participer au projet de «relogement préventif». Celui-ci prévoit d'indemniser les habitants de Brienz désireux de partir pour leurs terrains et leurs biens immobiliers. L'assemblée communale d'Albula – dont fait partie Brienz – a alloué 82,5 millions de francs à cette fin, financés à 90% par la Confédération et le canton des Grisons. Le solde reste à la charge des propriétaires.
Participation volontaire
La relocalisation est facultative. Les indemnités doivent permettre aux personnes qui partent de louer ou d'acheter un logement ailleurs et de prendre un nouveau départ. Mais sur les 42 demandeurs, dix ont désormais déposé un recours contre le projet auprès du département cantonal compétent en matière d'infrastructures, d'énergie et de mobilité, dirigé par la conseillère d'Etat Carmelia Maissen. Le projet risque donc d'échouer.
Les mécontents exigent que «l'autorisation soit refusée», estimant que la clé de calcul des indemnités serait inadmissible à plusieurs égards. Blick a pu consulter l'une de ces oppositions, qui dénonce notamment le fait que les indemnités aient été calculées de manière forfaitaire – une méthode jugée inadmissible, dans la mesure où les situations diffèrent fortement d'un cas à l'autre, tant au niveau de l'emplacement des terrains que de l'état des biens immobiliers.
Le recours conteste également la limitation à 90% de l'indemnisation des coûts, jugée juridiquement non valable, ainsi que le fait que le montant des indemnités ait été fixé sur la base d'une expertise de l'Office cantonal de gestion immobilière plutôt que par des experts neutres.
Critiques sur la répartition
Selon le recours, cette méthode aurait conduit à indemniser certains terrains au-dessus de la valeur du marché, et d'autres nettement en dessous. Résultat: certaines personnes concernées ne pourraient pas acquérir un bien équivalent à celui qu'elles quittent, tandis que d'autres se retrouveraient dans une situation financière plus favorable qu'aujourd'hui.
Une situation contraire aux principes juridiques, selon le cabinet d'avocats à l'origine du recours, qui réclame pour son client une indemnité équitable, d'un montant plusieurs fois supérieur à celui calculé par l'administration.
Le projet de «relogement préventif» vise à offrir «une aide et un soutien dans un délai raisonnable» aux personnes souhaitant quitter les lieux, explique Nadin Schnider, secrétaire au Département des infrastructures, de l'énergie et de la mobilité des Grisons. La démarche reste facultative et n'est nullement imposée par les autorités.
Suspension ou réexamen
Nadin Schnider confirme la réception de dix recours par le département. Les personnes concernées demandent que le projet ne soit pas approuvé, ou qu'il soit renvoyé pour révision. C'est au gouvernement cantonal qu'il revient de statuer. Nadin Schnider ne commente pas les arguments avancés: la procédure étant toujours en cours, le département ne peut «émettre aucun avis pour des raisons juridiques».
Ces recours retardent déjà la mise en œuvre du projet, initialement prévue rapidement. La commune d'Albula a demandé, et obtenu une prolongation du délai pour rendre son avis au département cantonal. Un premier état des lieux ne pourra donc être établi qu'à la mi-août au plus tôt.
Un fardeau pour les personnes concernées
L'assemblée communale d'Albula, où près de 1000 personnes ont le droit de vote, avait pourtant approuvé très largement le crédit de 82,5 millions de francs destiné au projet de relogement: 41 voix pour, seulement 3 contre, et 5 abstentions.
Pour le président de la commune, Daniel Albertin, ce résultat montre que l'ensemble de la commune, qui compte sept hameaux, soutient la population de Brienz. «Cela compte beaucoup pour les personnes concernées», affirme Daniel Albertin.
Mais la commune doit désormais faire face à dix recours. Daniel Albertin réfute les principales objections, selon lesquelles le calcul moyen des indemnités constituerait une généralisation inadmissible et selon lesquelles l'office cantonal mandaté ne serait pas neutre: «Toutes les bases du projet ont été élaborées par des experts indépendants et reconnus.»
Une expertise pointue nécessaire
Le président de la commune souligne que les expertises immobilières exigent des compétences spécialisées, une connaissance précise du marché local, ainsi qu'une véritable indépendance. «Ce sont les experts de l'Office cantonal d'évaluation immobilière qui répondent le mieux à ces critères, c'est pourquoi nous leur avons confié cette expertise.» Le gouvernement des Grisons va maintenant examiner ces objections et statuer sur les recours, précise Daniel Albertin.
Les personnes concernées reprochent par ailleurs à la commune de vouloir profiter du départ de certains habitants pour récupérer leurs terrains à des fins agricoles. Daniel Albertin conteste fermement cette accusation: c'est tout le contraire, insiste-t-il, ce projet complexe mobilisant depuis des années d'importantes ressources communales. La commune perdrait en outre des habitants, des élèves, et surtout des contribuables.
Le climat à Brienz a basculé depuis le retour des habitants en février dernier, lorsqu'ils ont appris que de nouvelles évacuations n'étaient plus probables, ni à court ni à long terme, alors que, les mois et années précédents, on leur avait toujours laissé entendre qu'il ne serait plus jamais possible de vivre dans le village en toute sécurité.
Il existe désormais deux camps à Brienz: ceux qui, épuisés par le stress, veulent partir au plus vite, et ceux qui souhaitent rester là où ils se sentent chez eux.