Les collectifs féministes défilent à Lausanne
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«Une société qui protège»:Les collectifs féministes défilent à Lausanne

Une folle coïcidence
Voici pourquoi les votations fédérales de 2026 sont tombées pile sur le 8 mars et le 14 juin

En 2026, la Journée internationale des droits des femmes et la grève féministe suisse tombent toutes deux sur des dimanches de votations fédérales. On vous explique comment cet hasard incongru a pu s'inviter dans le calendrier.
Cette année, la Journée internationale des droits des femmes (8 mars) et la grève féministe suisse (14 juin) coïncident tous deux avec des votations fédérales. Il s'agit d'un simple hasard de calendrier.
Photo: Keystone

En bref

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  • En 2026, deux dimanches de votation fédérale en Suisse coïncident avec des événements féministes majeurs: la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, et la grève féministe suisse, le 14 juin. Cette superposition résulte d'un pur hasard, lié aux règles strictes fixant les dates de votation, et n'exprime aucune intention politique.
  • Les dates de votation sont définies des décennies à l'avance selon l'Ordonnance sur les droits politiques et ne peuvent être modifiées qu'en cas de «motif prépondérant». Depuis 1951, cela n'est arrivé que très rarement, en 2020 pour la pandémie de Covid-19, et en 1951 pour une épizootie.
  • D'ici 2100, les votations fédérales coïncideront seulement cinq fois avec des événements féministes: le 8 mars 2037, 8 mars 2048, 14 juin 2071, 14 juin 2076, et 14 juin 2082. La grève féministe de 2027, avant les élections fédérales, ne sera pas affectée par une votation.

En Suisse, quatre dimanches de chaque année sont consacrés aux votations fédérales. Et dans l'immense majorité des cas, les dates choisies passent totalement inaperçues, éclipsées par les objets de vote. Elles ont beau être systématiquement différentes, d'une année à l'autre, c'est à peine si on les remarque, alors que notre esprit se trouve obnubilé par les petites croix qu'il nous incombe de tracer sur le bulletin.

L'année 2026, en revanche, est un peu différente: peut-être aviez-vous remarqué que les événements féministes du calendrier, soit la Journée internationale des droits des femmes (le 8 mars) et la grève féministe suisse (le 14 juin), chevauchent tous deux des jours de votations. Cela signifie que, dans les deux cas, la cause féministe s'est vue concurrencée par le comptage des bulletins, tandis que les médias, tiraillés entre deux sujets d'actualité, étaient souvent contraints d'offrir la priorité aux votations. Or, bien que cela puisse évoquer un manque de considération ou un signal politique, il s'agit en réalité d'une pure coïncidence.

Des dates fixées jusqu'en 2100

Peu de personnes savent comment sont fixées ces fameuses dates de votation. La Chandellerie fédérale les pioche-t-elle au hasard, au gré des saisons? Un employé enfermé dans un bureau bernois est-il chargé d'analyser le programme de l'année, avant de les choisir avec minutie? Quelqu'un a-t-il fait exprès de flanquer des votations sur les deux manifestations féministes majeures de l'année? La réponse est non. Car il s'avère que les dimanches de votations sont identifiés au moyen de règles très strictes, édictées par l'article 2a, alinéa 6, de l'Ordonnance sur les droits politiques.

D'après celui-ci, les dimanches réservés pour les votations populaires fédérales d'hiver doivent forcément correspondre au «deuxième dimanche de février, les années où le dimanche de Pâques tombe après le 10 avril, et le quatrième dimanche avant Pâques les autres années». Au printemps, il doit s'agir du «troisième dimanche de mai, les années où le dimanche de Pentecôte tombe après le 28 mai, et le troisième dimanche après Pentecôte les autres années». En été, elles doivent tomber «le dimanche qui suit le Jeûne fédéral», tandis que les votations d'automne seront automatiquement fixées «le dernier dimanche de novembre». 

Pour 2026, on tombe ainsi sur le 8 mars, le 14 juin, le 27 septembre et le 29 novembre. A noter que ces dates sont identifiées des décennies à l'avance et qu'on peut déjà consulter les suivantes... jusqu'en 2100!

Modifiables en cas de «motif prépondérant»

D'après la loi, la Chancellerie fédérale ne peut modifier les dates fixées qu'en raison de «motifs prépondérants», en accord avec les cantons. Une telle situation n'est d'ailleurs survenue que deux fois. En 2020, durant la pandémie de Covid-19, le Conseil fédéral avait décidé de repousser la votation populaire fédérale du 17 mai 2020 au 27 septembre. La récolte de signatures pour les référendums et initiatives en cours, ainsi que les délais impartis, avaient donc été suspendus, puis reportés. En effet, d'après la Confédération, les restrictions de la crise sanitaire endiguaient le déroulement normal des campagnes, des séances d'informations et des manifestations publiques, empêchant les citoyens de se forger une opinion relative aux scrutins.

Avant cela, en 1951, le Conseil fédéral avait pris une décision similaire, face à l'épizootie de fièvre aphteuse, «qui aurait empêché le bon déroulement de la votation dans plusieurs cantons», précise un communiqué de 2020.

Impossible de déplacer le vote, même pour éviter le G7

«Même si j'estime que le Parlement ne se soucie pas toujours suffisamment des causes féministes, il ne s’agit vraiment pas d’une volonté politique, dans ce cas précis, constate la Conseillère nationale Jessica Jaccoud (PS/VD). C’est un simple hasard du calendrier, et non pas une volonté de concentrer les votations sur les événements féministes. D’ailleurs, s’il était possible de modifier facilement ces dates, on aurait probablement déplacé celle du 14 juin pour éviter qu’elle ne coïncide avec le G7.»

De son côté, Jacqueline de Quattro (PLR/VD) confirme que cette superposition de dates n'a pas fait l'objet d'un débat à Berne et qu'elle ne semble pas poser de réel problème. Dans un précédent article, Clara, militante de la grève féministe, avant d'ailleurs déclaré que «les luttes féministes ne concernent pas uniquement le 14 juin, puisqu'elles ont lieu tous les jours de toute l’année.» Rappelons qu'en 2026, la grève féministe traditionnellement organisée le 14 juin sera consacrée à protester contre le G7, tandis que le grand cortège de Lausanne sera organisé la veille, le samedi 13 juin. En mars, aussi, la manifestation de la «Journée internationale des luttes féministes» avait eu lieu le samedi 7 mars, plutôt que le dimanche 8.

«En ce qui concerne le grève féministe, cette coïncidence n’est clairement pas idéale, mais c’est malheureusement comme ça, admet Jessica Jaccoud. On peut se consoler en pensant que la grande grève de 2027, qui précédera les élections fédérales, ne tombera pas pendant un weekend de votations.»

D'ailleurs, d'ici à 2100, les votations fédérales ne coïncideront avec les événements féministes qu'à cinq autres reprises: le 8 mars 2037, le 8 mars 2048, le 14 juin 2071, le 14 juin 2076 et le 14 juin 2082. Mais on ose espérer que, dans ce lointain avenir, le monde aura suffisamment évolué pour que ces manifestations ne soient plus nécessaires.

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