La «taxe de transit» a du mal à passer de l’autre côté de la frontière. En cette fin de semaine, c’est le «Südkurier» qui a largement critiqué la motion du conseiller aux Etats de l’Union démocratique du centre (UDC) Marco Chiesa, dont l’objectif est de faire les étrangers qui empruntent les routes suisses sans séjourner dans le pays. «Même s’il ne s’agit que de vacanciers, réduire les gens à leur origine est toujours une erreur», résume le quotidien allemand.
Selon le conseiller national Simon Stadler (Centre/UR), «la taxe de transit vise à réguler le trafic» afin d’éviter, notamment, les longues heures de bouchons au Gothard à Pâques. Or, ce projet de réglementation est perçu par nos voisins comme «une approche obstinée dont on peut douter du bien-fondé». Dans son édito, le journaliste du «Südkurier» dénonce: «La solution la plus évidente aux embouteillages – l’élargissement du tunnel – est délibérément ignorée.»
«Faire des automobilistes étrangers des boucs émissaires»
Il ajoute également que, même si les automobilistes étrangers cessaient de traverser la Suisse en voiture, il y aurait toujours des bouchons à certains moments de l’année. C’était notamment le cas vendredi, vers midi. Selon le TCS, les automobilistes revenant du Tessin vers la Suisse centrale ont subi des retards de plus de 1h30.
Le journaliste allemand comprend la frustration des habitants de la région du Gothard, notamment au début et à la fin des vacances scolaires. «La question de savoir si toute une politique nationale doit reposer sur cela est une autre affaire.» Pour lui, cette taxe n’est rien d’autre qu’un «cas particulier étrange». En France aussi, cette «taxe de transit» est critiquée. Le député européen Christophe Grudler a récemment accusé la Suisse de «faire des automobilistes étrangers des boucs émissaires».
Pour Simon Stadler, cette taxe permettrait de régulariser le trafic. Passer par la Suisse coûterait beaucoup plus cher à Pâques qu’en dehors des heures de pointe. Durant celles-ci, le conseiller national uranien avance que 80% des véhicules auraient une plaque d’immatriculation étrangère. «Cela signifie tout simplement que c’est précisément ici que s’applique le principe du pollueur-payeur, a-t-il déclaré au Parlement. Il n’est pas acceptable que des ressortissants des pays voisins fassent un détour par la Suisse pour rejoindre leur transat dans le sud, simplement parce que cet itinéraire est presque gratuit, même s’il n’est pas plus court.»
La balle est maintenant dans le camp de la Confédération. Le ministre des Transports, Albert Rösti, doit à présent élaborer une proposition de loi détaillée abordant les questions de coûts, de conception technique et de mécanismes de contrôle pour la mise en oeuvre de cette taxe. Si une modification constitutionnelle s’avérait nécessaire, le peuple devrait alors se prononcer dans les urnes.