Un père de famille sort de l'hôpital et meurt d'un infarctus
«Nous devons savoir pourquoi papa n'a pas survécu»

Malgré des signes évidents de crise cardiaque, Arben Aliu a pu quitter l'hôpital du Lindenhof à Berne. Mais quelques heures plus tard, il est décédé chez lui. A présent, sa famille exige des explications et le Ministère public mène l'enquête.
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Le 13 février 2026, Arben Aliu redoutait un infarctus du myocarde et s'est rendu à l'hôpital du Lindenhof à Berne.
Photo: DR
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Martin Meul

Nafije Aliu a encore du mal à croire que son père, Arben, soit mort. «Il n’avait que 40 ans et il était pourtant au bon endroit», se désole la jeune femme de 19 ans auprès de Blick, en regardant la photo de son père. Le 14 février 2026, Arben Aliu décède des suites d’un grave infarctus du myocarde. Sa mort plonge ses proches dans le deuil et les incite à réclamer des explications. «Nous devons savoir pourquoi papa n’a pas survécu», déclare sa fille.

La veille de sa mort, Arben Aliu part travailler dans l’après-midi. Il était conducteur de tramway et de bus chez Bernmobil. «Avant même de quitter son appartement, il se plaignait de douleurs lancinantes au niveau du cœur et de douleurs à la poitrine», raconte sa fille. Elle lui conseille d’ailleurs de rester à la maison, mais, très consciencieux, son père décide tout de même d’aller travailler. «ll espérait que les symptômes s’atténueraient», explique sa fille.

Plus tard dans la journée, sa fille l’appelle pour prendre de ses nouvelles. Elle lui demande si la douleur s’est atténuée, mais son père lui répond: «Malheureusement non.» Quelques heures plus tard, Arben Aliu appelle son propre père, lui décrit ses douleurs persistantes et le senior lui conseille vivement d’aller à l’hôpital au plus vite.

Le quadragénaire appelle alors les urgences de l’hôpital Lindenhof à Berne pour savoir s’il doit s’y rendre. Ce à quoi les médecins lui conseillent de se faire examiner et des collègues de travail l’emmènent aux urgences. Il est examiné entre 22h et 1h50. Selon sa famille, il se plaignait d’une douleur aiguë à la poitrine irradiant dans son bras gauche. Les médecins constantent également une hypertension artérielle et un taux de troponine élevé. «Le taux de troponine a temporairement dépassé 123. Même à sa sortie de l’hôpital, il était encore supérieur à 116», déclare sa sœur, Athixhe Qamilovska, âgée de 36 ans.

«Je ne comprends pas»

Elle montre à Blick les documents de sortie de l’hôpital, relevant les taux de troponine, inscrits manuellement. La troponine est une protéine présente dans les cellules du muscle cardiaque et libérée dans le sang lorsque ces cellules sont endommagées. En d’autres termes, le taux de troponine dans le sang est un indicateur pour diagnostiquer un infarctus ou d’autres lésions cardiaques. Un taux supérieur à 100 indique généralement une lésion importante du muscle cardiaque.

Malgré tout, Arben Aliu sort de l’hôpital samedi, peu avant 2 heures du matin. «Je ne comprends pas. Pourquoi ne l’ont-ils pas gardé, compte tenu des résultats de ces tests?», demande sa sœur. Arben Aliu rentre chez lui à Chiètres (FR) et s’effondre moins de deux heures plus tard. «Nous avons immédiatement appelé une ambulance et tenté de le réanimer», déclare sa fille. Les ambulanciers ont mis près de 30 minutes à arriver, mais n’ont pas pu sauver son père. Arben Aliu a été déclaré mort peu avant 5 heures du matin.

Cette funeste nuit du 13 au 14 février continue de hanter la famille. «Entre son taux élevé de troponine, la recommandation à consulter rapidement un cardiologue dans son rapport de sortie et ses antécédents familiaux, pourquoi n’ont-ils pas gardé Arben en observation?» s’interroge sa sœur. En effet, en 2023, le père d’Arben a lui aussi été victime d’un infarctus du myocarde et a été soigné à l’hôpital du Lindenhof.

Selon les informations fournies par la famille, l’autopsie a révélé qu’Arben Aliu est décédé d’une crise cardiaque foudroyante. «Il a tout fait correctement, il a bien interprété ses symptômes, et pourtant, on ne l’a pas secouru», déplore sa fille. «Sa mort était totalement absurde, comment ont-ils pu ne pas le voir?», renchérit sa tante. La famille exige des explications de la part de l’hôpital Lindenhof. «S’il était simplement mort chez lui, nous aurions pu l’accepter. Mais pas après lui avoir refusé les soins appropriés», déclare sa sœur. Le parquet de Fribourg a ouvert une enquête pour meurtre contre X. «L’enquête sur les causes et les circonstances du décès est en cours; par conséquent, aucune autre information ne peut être communiquée pour le moment», nous répond le parquet. L’hôpital Lindenhof non plus ne peut faire aucun commentaire sur ces événements tragiques, pour des raisons de protection des données et de confidentialité médicale.


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