La situation géopolitique est tendue, mais l’économie suisse ne semble pas s’en inquiéter. Comment l’expliquer?
Ronald Indergand: Jusqu’à présent, cela a presque toujours été le cas en période de crise. Les ralentissements économiques sont généralement moins marqués en Suisse que dans d’autres pays. Notre économie se redresse aussi souvent plus rapidement. Nous le devons notamment à la stabilité de notre environnement économique, à la flexibilité du marché du travail et à la capacité d’adaptation des entreprises.
Quand ces bouleversements se feront-ils sentir?
Certains secteurs et certaines régions sont déjà très durement touchés. Mais si la Suisse continue de miser résolument sur les atouts qui font sa réussite, je suis convaincu qu’elle sortira renforcée de ces crises géopolitiques d’ici quelques années.
Vous pensez vraiment que la Suisse en sortira plus forte?
La Suisse offre un cadre prévisible et une grande sécurité juridique. Dans un contexte aussi incertain, les investisseurs recherchent des havres de stabilité. Encore faut-il que nous fassions le nécessaire pour préserver nos avantages concurrentiels.
Un accord semble se profiler dans le conflit avec l’Iran.
Si cet accord tient, il devrait faire baisser les prix de l’énergie et atténuer les difficultés en matière d’approvisionnement. L’ampleur de ces effets dépendra toutefois de l’évolution des prix de l’énergie. Face à cette incertitude, nous avons complété nos prévisions conjoncturelles de juin par plusieurs scénarios. Dans le cas le plus favorable, marqué par une baisse rapide des prix de l’énergie, la croissance serait nettement renforcée.
La BCE a relevé ses taux d’intérêt. Faut-il craindre une flambée de l’inflation?
Non. En Suisse, nous tablons sur une inflation modérée. Les ménages suisses consacrent une part moins importante de leurs dépenses à l’énergie que ceux d’autres pays. Notre approvisionnement énergétique dépend aussi nettement moins des énergies fossiles. La hausse des prix du pétrole a donc un impact plus limité. Enfin, en période de crise, la vigueur du franc suisse peut même servir de rempart contre l'inflation importée.
Dans l'horlogerie et l'industrie technologique, le recours au chômage partiel reste pourtant fréquent.
Ces secteurs sont très sensibles aux fluctuations de la demande mondiale. Le ralentissement de l'économie chinoise pèse sur l’industrie du luxe, tandis que l’Allemagne a traversé une longue période de faiblesse industrielle. A cela s’ajoutent des coûts énergétiques plus élevés. Nous observons néanmoins depuis peu les premiers signes d’une reprise des exportations vers les Etats-Unis.