En bref
- La crise de l'essence en Russie s'intensifie, notamment en Crimée où les automobilistes sont limités à 20 litres par semaine. Les attaques de drones ukrainiens ont mis un tiers des raffineries russes à l'arrêt, provoquant des pénuries et une flambée des prix à la pompe.
- Dans certaines stations-service en Crimée, le litre d'essence coûte jusqu'à 330 roubles (3,40 CHF), et atteint même 400 roubles sur le marché noir. Ce prix représente 15% du salaire mensuel moyen pour un plein de 50 litres, contre seulement 1% en Suisse.
- Les prix du carburant en Russie ont augmenté de 20% par rapport à 2025, avec une hausse de 7% en juin 2026 selon l'Office national des statistiques. Parallèlement, l'économie russe a reculé de 0,2% au premier trimestre 2026, et la croissance annuelle prévue est limitée à 0,6%.
La crise du carburant s'aggrave en Russie: des drones ukrainiens ciblent spécifiquement les raffineries russes et les camions transportant de l'essence. Une stratégie qui porte ses fruits, puisqu'un tiers des raffineries sont à l'arrêt. L'essence se raréfie dans une grande partie de la Russie et les prix à la pompe grimpent. Cette situation exaspère de nombreux Russes qui dépendent de leur voiture au quotidien et met le président Vladimir Poutine sous pression.
La situation est particulièrement critique dans la péninsule de Crimée, occupée par la Russie depuis 2014. Les automobilistes n'ont droit qu'à 20 litres de carburant par semaine. Les files d’attente devant les pompes sont longues, certains clients doivent patienter pendant des heures avant de pouvoir faire le plein. Des images de conducteurs exaspérés et se battant circulent sur les réseaux sociaux – une honte pour Poutine.
Et les prix atteignent des sommets historiques. Dans certaines stations-service de Crimée, le carburant coûte 330 roubles le litre, selon le journal «Bild». Cela équivaut à un peu plus de 3,40 francs suisses par litre. En d'autres termes, un seul plein de 50 litres et c'est déjà 15% du salaire mensuel moyen qui s’envole. A titre de comparaison, en Suisse, un plein coûte à peine plus de 1% du salaire mensuel.
400 roubles au marché noir
Sur le marché noir, le litre s’affiche même à 400 roubles en Crimée, d'après le journal «Kommersant». Il s'agit là de cas exceptionnels, pourtant, le prix de l'essence augmente partout en Russie. Selon l'agence nationale des statistiques, les prix des carburants ont progressé de 7% en juin. Par rapport à l'année dernière, l'essence coûte près de 20% plus cher.
Nina, originaire de Moscou, suit la situation avec inquiétude. «Le prix de l’essence a augmenté d’un rouble, pour atteindre 74 roubles ici. En journée, on peut faire le plein normalement. Mais le soir, il y a la queue», explique la trentenaire à Blick, avant d’ajouter: «Dans les stations-service Lukoil où nous faisons le plein, il n’est plus possible de remplir ses propres bidons d’essence.» Cette mesure vise à empêcher le stockage excessif d’essence.
Quelques centaines de kilomètres plus à l'est, la situation est différente, selon Nina. «Il y a des files d'attente aux stations-service Rosneft et Lukoil car leurs prix n'augmentent pas», rapporte-t-elle. Un litre d'essence coûte un peu moins de 80 roubles. «Mais les petites stations-service ont augmenté leurs prix à 120 roubles le litre.»
Des conséquences dévastatrices
Mais la crise des carburants n'est pas le seul problème qui frappe la Russie. L'économie russe traverse une crise plus grave. Au premier trimestre 2026, elle s'est contractée de 0,2%. Et pour l'ensemble de l'année, les économistes prévoient une croissance minimale de 0,6%, soit 0,3 point de pourcentage de moins qu’au printemps dernier.
Outre la pénurie d'essence, les experts considèrent la politique de taux d'intérêt élevés de la Banque centrale russe comme la principale cause de la crise économique. Mi-juin, sous la pression de Poutine, les autorités monétaires de Moscou ont décidé d'une baisse des taux d'intérêt, mais le taux directeur reste à 14,25%. A titre de comparaison, la Banque nationale suisse maintient des taux d'intérêt à zéro depuis un certain temps. Pour ne rien arranger, les blocages d'Internet imposés pour des raisons de sécurité aggravent la situation et pénalisent l'économie russe, fortement numérisée.