Se contenter de 20 litres d'essence par semaine: comment est-ce possible? Depuis fin mai, la péninsule de Crimée connaît une pénurie d'essence, rapporte «Der Spiegel». A l'origine de ce blocage: l'Ukraine, qui réussit actuellement à intercepter, grâce à ses drones, les camions qui approvisionnent la Crimée en marchandises, notamment en essence. Pour le président russe Vladimir Poutine, la situation est humiliante.
Sur cette péninsule stratégiquement importante, occupée par la Russie depuis 2014, des mesures strictes visant à économiser l'essence ont été mises en place fin mai. Et la situation évolue de jour en jour: certains types de carburants ne sont plus accessibles que sur présentation de coupons. A Sébastopol, selon plusieurs médias russes, on ne peut obtenir ses 20 litres qu'avec un code QR personnel.
La pénurie s'étend
Un coup d'œil au site web du gouvernement de Crimée montre que le problème s'aggrave. Des hotlines dédiées à l'essence et une carte interactive y ont été mises en place afin que les habitants puissent vérifier quotidiennement s'il reste encore de l'essence à leur station-service. Ces mesures visent à garantir le ravitaillement des ambulances et des transports publics. Quant à savoir combien de temps cela va durer, c'est le flou total.
La panique règne parmi les habitants de la péninsule: des voleurs d’essence sévissent, le marché noir est en plein essor et les touristes russes se retrouvent bloqués, incapables de rentrer chez eux. Selon des informations du journal en ligne Meduza, banni de Russie, les habitants de Crimée se rendent régulièrement dans la région voisine de Krasnodar pour y faire le plein, provoquant ainsi une pénurie d'essence dans cette région également. Le problème commence d'ailleurs à toucher d'autres régions du pays. A Moscou et Saint-Pétersbourg, des habitants se plaignent déjà de l'apparition de premiers couacs à la pompe.
Les problèmes de Poutine
La pénurie d'essence n'est pas la seule conséquence de la guerre que subit la population civile russe. L'économie stagne, le budget de l'Etat est en difficulté. Récemment, des représentants du gouvernement ont tiré la sonnette d'alarme et mis en garde Poutine contre un gigantesque et imminent déficit dans les caisses de l'Etat à cause du coût exorbitant du conflit. Le président russe refuse de l'admettre et cherche des moyens de réduire les dépenses ailleurs.
Plus la guerre dure, plus la base du pouvoir du président russe s'effrite. En coulisses, la frustration, les tensions et les doutes grandissent au sein de son appareil d'Etat. La société et la vie quotidienne sont sous pression, il y a une pénurie de soldats et de main-d'œuvre. Même l'élite ne semble plus croire à une victoire sur le champ de bataille.
L'Ukraine en plein essor
De l'autre côté, l'Ukraine, opposée à la guerre, marque des points sur le champ de bataille. De nouveaux drones pilotés par IA aident ce petit pays à attaquer des bases importantes. Les raffineries de pétrole, les installations militaires et le transport de marchandises constituent des cibles stratégiques majeures. En Crimée, les succès ukrainiens se mesurent désormais directement à la pompe.
Récemment, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a proposé à Poutine, dans une lettre ouverte, de mettre fin à la guerre. Mais le maître du Kremlin n'a aucun intérêt à rencontrer Zelensky: il exige toujours, comme condition préalable, que l'Ukraine dépose définitivement les armes.