Taux élevés, pénuries, essence
Le modèle économique de Poutine est en train d'asphyxier la Russie

L'économie russe est en recul. Et les économistes viennent de revoir à la baisse leurs prévisions de croissance pour l'ensemble de l'année. Les taux d'intérêt élevés et une crise du carburant due aux attaques de drones ukrainiens pèsent lourdement sur le pays.
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Sur le plan militaire, Poutine montre ses muscles.
Photo: IMAGO/SNA
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Michael Hotz

Le maître du Kremlin passe à la vitesse supérieure. Vladimir Poutine vient de franchir un nouveau cap dans l'escalade militaire: à Kostiantynivka, ville du Donbass où les combats font rage, l'armée russe mise sur une nouvelle tactique d'infiltration. De minuscules groupes sont chargés de percer la ligne de défense ukrainienne sans se faire remarquer, pour ensuite semer le chaos dans la ville, déguisés en civils. Blick s'est entretenu avec «Stark», un officier ukrainien de 40 ans, au sujet de cette nouvelle tactique.

Dans le même temps, Poutine procède à un réarmement massif le long du flanc est de l’OTAN. Dernier exemple en date: à Petrozavodsk, à seulement 160 kilomètres de la frontière finlandaise, les forces russes sont en train de raser une immense zone forestière. Selon l'expert militaire finlandais Marko Eklund, ce chantier cache la construction d'une garnison destinée aux troupes ferroviaires.

La politique monétaire de la banque centrale étouffe l'économie

Si le chef du Kremlin joue ainsi des muscles sur le plan militaire, c'est peut-être aussi parce que la situation dérape sur le front économique à l'intérieur de ses frontières. L’économie russe traverse une crise majeure, selon la dernière évaluation des économistes de l’Institut viennois pour les comparaisons économiques internationales (WIIW). Au premier trimestre, l’économie a reculé de 0,2%. our l'ensemble de l'année, les experts ne prévoient plus qu'une croissance microscopique de 0,6%, soit une baisse de 0,3 point par rapport à leurs prévisions du printemps. 

Dans un communiqué de presse, le WIIW résume sans détour la situation: «Malgré une hausse temporaire des recettes issues du secteur énergétique due à la guerre en Iran, la Russie est enlisée dans une véritable stagnation , écrit le WIIW dans un communiqué de presse.

L’institut attribue la crise économique principalement à la politique de taux d’intérêt élevés menée par la Banque centrale russe. Mi-juin, sous la pression de Poutine, les responsables monétaires à Moscou ont certes décidé d’abaisser les taux d’intérêt, mais le taux directeur s’élève toujours à 14,25%. À titre de comparaison, la Banque nationale suisse applique depuis longtemps des taux d’intérêt nuls.

Cette politique monétaire restrictive «asphyxie l'économie, car elle rend l'accès au crédit prohibitif», explique Vasily Astrov, expert du WIIW spécialisé dans la Russie. Cela aurait entraîné une chute de 14% des investissements au premier trimestre.

Les attaques de drones ont déclenché une crise du carburant

Selon Vasily Astrov, les blocages d’Internet imposés pour des raisons de sécurité posent des problèmes supplémentaires, car ils nuisent gravement à l’économie russe, fortement numérisée. Mais ce sont les attaques de l’Ukraine contre les installations énergétiques russes qui sont les plus néfastes. Des drones ukrainiens s’en prennent spécifiquement aux raffineries de pétrole. Ils ont ainsi paralysé environ un tiers de la capacité de raffinage russe.

Conséquence: la Russie est confrontée à une véritable crise de l’essence. Partout dans le pays, on observe des pénuries et des files d’attente de plusieurs kilomètres devant les stations-service. Dans le même temps, les prix du carburant montent en flèche. Le désespoir et la colère grandissent au sein de la population: «Poutine, mais que diable se passe-t-il actuellement dans notre Russie?», s’est récemment exclamée une blogueuse russe en s’adressant directement au chef du Kremlin.

La popularité de Poutine a nettement baissé

Le malaise gagne jusqu'aux sommets de l'Etat. En juin, de hauts représentants du gouvernement russe sont sortis du silence. Selon l'agence de presse Bloomberg, ils ont formellement averti Vladimir Poutine que le pays s'engouffrait dans une guerre financièrement insoutenable. Ils exigent des réductions des dépenses de guerre. Celles-ci ont déjà creusé un trou équivalent à 63 milliards de francs dans les caisses russes entre janvier et avril. C’est près de 50% de plus que ce qui était prévu pour l’ensemble de l’année – l’objectif était un déficit maximal de 41 milliards de francs.

Toutes ces évolutions négatives entachent l’image nationale de ce dirigeant apparemment intouchable. La popularité de Poutine a récemment considérablement baissé. Selon l’expert Vasily Astrov, il ne faut toutefois pas s’attendre à un revirement majeur de la guerre en faveur des forces armées de son adversaire Volodymyr Zelensky. «La Russie restera tout de même en mesure de poursuivre et de financer sa guerre d’agression contre l’Ukraine.»

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