Un responsable témoigne
L'accident de téléphérique à Engelberg ne serait pas un cas isolé

Une femme est décédée après un accident de téléphérique sur le mont Titlis. La compagnie affirme n'avoir enfreint aucune règle de sécurité, mais une source interne indique que de tels incidents se produisent régulièrement.
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Mercredi, un grave accident de téléphérique s'est produit près d'Engelberg (OW).
Photo: AFP
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Martin Meul

La compagnie du téléphérique du Titlis a-t-elle ignoré ou sous-estimé les vents violents dans la région? Ce manque de vigilance aurait-il causé l’accident de mercredi, dans lequel une femme a perdu la vie?

C’est du moins ce que sous-entend la déclaration d’Arno Inauen, chef du fabricant Garaventa, qui construit les cabines des téléphériques. «Au moment de l’accident, il y avait des vents forts et violents, déclare-t-il à Blick. Selon les informations actuelles, la cabine a été violemment déviée par une rafale inattendue, percutant un pylône et se détachant du câble.» 

Interrogés par Watson, les responsables de la sécurité des remontées mécaniques affirment subir des pressions de la part de la direction pour maintenir les remontées en service malgré des vents extrêmement violents. «Dans de nombreuses stations de ski et remontées mécaniques, les limites ont déjà été franchies à cause de ces pressions financières», déclare l'un des responsables de la sécurité, interrogés sous couvert d'anonymat. 

Les clients font pression

Mais la pression vient aussi des clients. Il suffit de jeter un coup d'œil aux avis sur les téléphériques du Titlis pour constater que si un téléphérique est hors service, les clients s'impatientent rapidement. «Arnaque! Il n'y avait presque pas de vent, mais on nous a dit que les remontées mécaniques étaient fermées à cause d'un vent trop fort», écrit un client sur Internet. «Les remontées mécaniques vendent des billets alors qu'il était prévisible que le service serait interrompu immédiatement après la vente», écrit un autre client.

«Bien sûr que les gens veulent utiliser les téléphériques lorsqu'ils ont payé. Nous aussi, en tant que société de remontées mécaniques, avons évidemment intérêt à ce que l'exploitation fonctionne», déclare le responsable de la sécurité d'un important téléphérique suisse, sous couvert d'anonymat.

D'après lui, il ne s'agit pas pour autant de violations systématiques des règles. «Les règles sont claires, il n'y a pas de zone grise», affirme-t-il. «Soit on a le droit de maintenir le service, soit on ne l'a pas. Quiconque enfreint ces règles agit illégalement! Je ne comprends absolument pas mes collègues qui ignorent délibérément et systématiquement les consignes.»

Une météo imprévisible

Mais un problème persite: la météo. «Les rafales de vent sont parfois très difficiles à prévoir. Alors que les conditions sont bonnes, tout peu basculer en une seconde. En d'autres termes, la limite est alors brièvement dépassée», explique le chef de la sécurité, avant d'ajouter: «Mais cela ne devrait pas causer d'accident catastrophique pour autant.» C’est comme rouler brièvement à 130 km/h sur l’autoroute pour dépasser. «C'est interdit, mais ça peut arriver.»

C'est précisément le problème, nous confirme l'Office fédéral des transports (OFT). «Les valeurs limites sont claires, mais l’évolution des conditions météorologiques – notamment la vitesse du vent – ne l’est pas. Il est possible que des rafales de vent locales surviennent brièvement pendant quelques minutes et que les valeurs limites soient dépassées, mais elles peuvent ensuite disparaître», explique le porte-parole Mark Siegenthaler.

C'est pourquoi les téléphériques doivent jouer la carte de la sécurité. «Par vents très violents ou dans des endroits particulièrement exposés, une cabine peut osciller et se balancer, ce qui peut engendrer un mouvement de balancier important», précise Mark Siegenthaler. Il est donc crucial de surveiller l’exploitation au-delà d’une certaine force de vent, c'est-à-dire au-delà des 40 km/h. «Dans certaines circonstances, nous pourrions être amenés à réduire notre vitesse», ajoute le porte-parole.

«Ce serait stupide»

En cas de non-respect de la réglementation, les remontées mécaniques s'exposent à des sanctions pouvant aller jusqu'au retrait de leur licence d'exploitation et une procédure pénale pour violation de leur devoir de diligence.

Le CEO d'un autre grand téléphérique défend quant à lui une position économique. «Il ne s'agit pas seulement de la sécurité des clients, mais aussi de celle du téléphérique», explique-t-il. Un vent trop fort pourrait endommager l'installation. «Cela peut vite devenir très coûteux, bien plus qu'une brève interruption du service. Il serait donc stupide d'ignorer les limites.» Par ailleurs, si les clients ressentaient une forme d'insécurité, ils réagiraient tout de suite en laissant des commentaires négatifs, ajoute-t-il. 

La question du vent reste au cœur de l'enquête sur le tragique accident de téléphérique survenu mercredi. En effet, des rafales de vent atteignant 100 km/h auraient balayé le mont Titlis au moment de l'accident. 

Peu après, Météo Suisse a fait savoir qu'un «bref mais puissant épisode de foehn» s'était produit dans la région mercredi matin. Des rafales de 100 km/h ont été mesurées sur le Titlis, à 3200 mètres d'altitude. Il n'a toutefois pas été possible de savoir si le vent était aussi fort plus bas, sur le lieu de l'accident, à environ 2000 mètres. Interrogée par Blick, la société de téléphérique du Titlis a démenti une éventuelle violation des règles d'exploitation concernant la vitesse du vent.

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