Les images de l'accident à Engelberg (OW) sont impressionnantes: ce mercredi 18 mars, une télécabine décrochée dévale la pente en faisant plusieurs tonneaux. La cabine s'était détachée du téléphérique à cause de vents violents. Dans l'après-midi, la triste certitude est tombée: l'accident a coûté la vie à une femme de 61 ans, originaire de la région.
Comment un tel accident a-t-il pu se produire en Suisse, pays des téléphériques? Norbert Patt, CEO des remontées mécaniques de Titlis Bergbahnen, a expliqué lors de la conférence de presse tenue peu après le drame qu'un élément a joué un rôle fondamental dans l'accident: la pince. «La télécabine est fixée au câble par une pince, et celle-ci s'est détachée, a-t-il déclaré. Nous ne pouvons toutefois pas encore donner d'indications sur la cause exacte ni sur le contexte.»
Cette pince s'ouvre et se referme à chaque passage de la nacelle en station. Elle permet d'accrocher solidement la cabine au câble tracteur. Le mécanisme est donc étroitement surveillé.
Des antécédents préoccupants
Mais cette pince est un élément qui, par le passé, a souvent été impliqué dans des accidents de téléphériques. En 2021, le Service d'enquête suisse sur la sécurité (SESE) a donné une mauvaise note aux pinces de 52 remontées mécaniques du pays.
Selon l'enquête, les dispositifs de contrôle des installations concernées ne détectaient pas correctement les défauts. Le service a même recommandé d'interdire l'exploitation de ces remontées mécaniques tant que les pinces ne se fermaient pas correctement. Les exploitants devaient en outre fournir à l'Office fédéral des transports (OFT) des preuves attestant du bon fonctionnement de ces pinces.
De son côté, l'Office fédéral des transports (OFT) a estimé que la responsabilité principale incombait aux exploitants. Plusieurs entreprises de remontées mécaniques ont alors indiqué qu'elles appliquaient les nouvelles directives de sécurité du fabricant Doppelmayr Garaventa et que leurs pinces étaient conformes. Les remontées mécaniques de Titlis Bergbahnen utilisent également des pinces de ce constructeur.
Des accidents à répétition
Cela n'a pas empêché plusieurs accidents d'avoir lieu. En janvier 2024, un incident s'est produit à Visperterminen (VS) en raison d'un problème de pince, rapportait alors le «Walliser Bote». Un télésiège a glissé et a percuté celui qui le précédait, blessant deux personnes. A la suite de cet événement, 88 télésièges ont dû être contrôlés.
En Autriche aussi, des pinces défectueuses ont déjà provoqué de graves accidents. En 2023, un siège s'est détaché dans le Zillertal. Une famille a été grièvement blessée.
Le 11 février 2016, un siège quatre places vide s'est écrasé au Flumserberg (SG). Personne n'a été blessé. Le SESE avait écrit dans son rapport: «cette chute est due à une défaillance de la pince».
Point faible
Dans le cas des Titlis Bergbahnen, même l'expert en remontées mécaniques Reto Canale ne peut pas encore déterminer avec certitude pourquoi la cabine s'est détachée du câble. Il souligne toutefois: «La pince est un élément central d'un téléphérique et c'est une pièce soumise à de très fortes contraintes.» Il ajoute: «Théoriquement, une pince pourrait se casser, mais cela reste extrêmement improbable.»
Il pense que le problème pourrait plutôt venir du processus d'attelage. «Après chaque manœuvre, un système contrôle si la force de serrage est correcte, c'est‑à‑dire si la nacelle est correctement fixée au câble tracteur.» Si le système détecte que la pince n'est pas bien fermée, le téléphérique s'arrête immédiatement.
Mais si ce système de contrôle ne fonctionne pas correctement, une nacelle pourrait alors quitter la station sans être suffisamment attachée au câble. «Théoriquement, il est possible que ce contrôle n'ait pas été effectué correctement à Engelberg», explique l'expert. Il ajoute qu'il est également possible que la cabine se soit accrochée à un pylône, ce qui aurait provoqué le détachement de la pince.
Un risque résiduel
Reto Canale estime cependant que le système actuel fonctionne bien. «Mais à chaque trajet en téléphérique subsiste un risque résiduel, et il est évidemment tragique qu'une défaillance ait entraîné la mort d'une personne», ajoute-t-il.
L'enquête du SESE doit maintenant déterminer ce qui s'est exactement passé à Engelberg. Ses experts se sont déjà rendus sur place ce mercredi, et la pince de la nacelle impliquée dans l'accident a été récupérée.