Ni Roger Nordmann ni Jean-François Thuillard n'a su se démarquer pour se faire élire. La participation, quant à elle, s'est fait remarquer: 50,63%. En ce dimanche ensoleillé, les électeurs des 290 communes vaudoises se sont déplacés plus que de la normale dans un canton dont les habitants ont tendance à bouder les urnes – une abstention qui n'a fait que croître depuis 2000. En 2022, lors du premier tour de l'élection au Conseil d'Etat, le taux de participation n'atteignait que 34,24%. Au 21e siècle, le premier tour d'une élection au Château n'avait jamais dépassé les 43%.
Dès lors, comment expliquer ce regain d'intérêt? Est-il à chercher dans la dimension super sunday, avec cette addition d'élections communales et d'objets fédéraux? Et peut-on espérer le même scénario pour le deuxième tour, qui aura lieu le 29 mars? Analyse.
Le super sunday a aidé
Une première explication est à chercher, sans surprise, du côté de la conjonction des votations fédérales avec les élections communales et l'election complémentaire au Conseil d'Etat. Pour le politologue de l'Université de Lausanne Andrea Pilotti, elle a produit «un effet presque mécanique lié au cumul des rendez-vous électoraux».
Dimanche, les votations fédérales portaient sur «des thèmes particulièrement mobilisateurs», très débattus durant la campagne, ce qui a tiré la participation vers le haut, analyse le politologue. S'y ajoutait l'élection complémentaire, qui intervient dans un contexte «sensiblement tendu». Deux candidats s'affrontaient avec deux visions très distinctes de la société. «Un tel clivage est également un facteur qui tend à augmenter la participation», avance le politologue.
Le 8 mars, la Suisse vote tous azimuts. Objets fédéraux sensibles, enjeux cantonaux brûlants et élections locales décisives: de Berne aux communes, c’est un véritable super scrutin qui s’annonce. Fiscalité, santé, institutions: tour d’horizon d’un dimanche à haute tension démocratique.
Le 8 mars, la Suisse vote tous azimuts. Objets fédéraux sensibles, enjeux cantonaux brûlants et élections locales décisives: de Berne aux communes, c’est un véritable super scrutin qui s’annonce. Fiscalité, santé, institutions: tour d’horizon d’un dimanche à haute tension démocratique.
L'ouest lausannois toujours à la traîne
Si le résultat global est à relever, les tendances restent similaires à ce que connaît habituellement le canton. En zoomant sur les taux de participation par district puis par commune, on remarque que l'ouest lausannois affiche, comme à son habitude, les taux les plus bas. Pour le Conseil d'Etat, la participation s'élève à 44,11%, portée notamment par la commune de Saint-Sulpice, qui frôle les 60%. Par exemple à Renens, le taux de participation à l'élection au Conseil Communal n'est que de 24,83% et celle pour le Château fait un poil mieux avec 39,53%.
Ces résultats s'expliquent par des facteurs socio-démographiques qui priment sur l'enjeu de l'élection, explique le politologue. Le taux de participation est généralement corrélé aux conditions socio-économiques des individus, et ce indépendamment des enjeux de la votation ou de l'élection. «Si l'élection n'est pas perçue comme clivante, les individus avec un niveau de vie plus bas ont davantage tendance à ne pas voter.»
Moins de «lien social» dans les grandes villes
Autre constat sur le scrutin de dimanche, dans les grandes villes comme Lausanne ou Vevey, les élections communales mobilisent moins. Dans la capitale vaudoise, le taux de participation atteignait 33,91%, contre 31,02% à Yverdon et 37,37% à Vevey. Dans les petites communes, il dépasse parfois 50%: c'est le cas de Rossinière avec ses quelques 500 âmes, dans le district de la Riviera-Pays-d'Enhaut, qui atteint 57,75%.
Cela s'explique par «un lien social entre les candidats et le corps électoral, analyse Andrea Pilotti, à mesure que la ville grandit, la proximité, qu'elle soit réelle ou perçue, s'érode.» Le sentiment de «devoir civique» est également plus prononcé dans les petites communes.
Autre phénomène: «l'effet dispersif». Ce phénomène s'est accentué ces quarante dernières années, selon le politologue de l'UNIL. Dans les grandes villes, la mobilité résidentielle est forte: «les gens restent parfois seulement deux ou trois ans au même endroit, ce qui ne leur donne pas le temps de développer un sentiment d'appartenance à la ville.»
Dimanche un taux «dopé» et un bis deuxième tour?
Quid de la participation le 29 mars? «Ce serait très étonnant que l'on retrouve un taux de participation similaire, même si l'on bénéficiera d'un effet cumulatif avec les deuxièmes tours de deux élections», pointe Andrea Pilotti. Mais les enjeux de basculement de majorité dans certaines Municipalités pourraient cependant fortement mobiliser l'électorat. C'est le cas à Yverdon, où droite et gauche sont au coude à coude et où l'alliance de droite espère bien reprendre la majorité, mais aussi à Renens, où le PLR pourrait faire son retour à l'Exécutif.
Le politologue se risque à un pronostic: «Je pense que 40%, ce serait déjà pas mal pour le contexte vaudois.» Il rappelle que dans «l'idéal démocratique», il faudrait atteindre au moins 60% de participation. Le taux de dimanche était «dopé» par rapport à la norme – une journée à marquer d'une pierre blanche, conclut Andrea Pilotti.