Éduquez vos ados!
De plus en plus de mineurs coupables de délits sexuels à Genève

En six ans, le nombre de délits sexuels perpétrés par des mineurs a plus que triplé à Genève. Les langues se délient-elles plus qu'auparavant, ou nos mesures de prévention sont-elles simplement arriérées? Un peu des deux. Éléments de réponse avec des experts.
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Daniella GorbunovaJournaliste Blick

La jeunesse est-elle, paradoxalement à l'éveil de la quatrième vague féministe, moins sensibilisée au concept de consentement qu'il y a une décennie? À Genève, du moins, c'est ce que semble révéler une étude relayée et commentée par la «Tribune de Genève».

Il y a six ans, l'on ne comptait que 24 mineurs poursuivis pour infractions contre l’intégrité sexuelle. L’an passé, ils étaient au nombre de 76. Au total, dix condamnations ont été prononcées, et plusieurs procédures ouvertes l’année passée doivent encore être jugées. Un nombre sans précédent.

Les ados de la Gen Z sont-ils donc des sauvages lubriques? Pas si vite. Ils seraient plutôt ceux qui ont libéré la parole, et poussé leurs aînés à (enfin) repenser l'éducation en la matière. Explications.

Une parole qui se libère

«Nous nous sommes posé la question, mais n’avons pas de certitude sur les raisons de cette hausse, indique Olivier Boillat, président du Tribunal des mineurs, cité par le média genevois. Il est certain qu’une libération de la parole est désormais présente. Certains comportements d’adolescents ne sont plus acceptés, à juste titre, par les jeunes filles ou garçons.»

C’est également ce que remarque Marco Tuberoso, psychologue responsable de l’évaluation clinique et de la prévention contre les abus sexuels au centre Espas, à Lausanne. Certains adolescents genevois y sont envoyés. «Aucune étude n’a été faite sur ce phénomène, mais l’on remarque que la société est de plus en plus consciente que les enfants peuvent commettre des infractions d’ordre sexuel, qu’ils peuvent avoir des comportements qui posent question.»

Le praticien a même remarqué un abaissement de l’âge des auteurs, qui tourne désormais autour des 13 ans, et une augmentation du nombre de filles auteures. «De manière générale, on laisse beaucoup moins passer ce genre d’actes, que l’on ne considère plus comme de simples jeux d'enfants.»

La prévention à la traîne

Autre fait marquant de l'étude: la plupart des actes sont commis par des personnes connues de la victime, comme l'indique le tribunal des mineurs. Faudrait-il plus de prévention auprès des auteurs?

«On peut toujours en faire plus, indique Olivier Boillat au journal du bout du Léman. Mais ce qui est mis en place, sans oublier le travail effectué par le juge des mineurs qui entend le jeune en présence des parents pour s’assurer qu’il a compris la gravité des faits reprochés et les conséquences en cas de récidive, est heureusement la plupart du temps suffisant.» Depuis 2010, des cours sont donnés par le Service de santé de l’école et de la jeunesse (SSEJ) aux jeunes soumis à une mesure éducative. Et certains sont contraints par le juge à suivre des traitements ambulatoires avec des psychologues.

Mais qu'en est-il des cours d'éducation sexuelle à l'école, censés prévenir (au lieu guérir ou médier) ce genre de drames en premier lieu? Au niveau du Département de l’instruction publique (DIP), des cours d’éducation sexuelle sont dispensés sur cinq sessions au primaire, secondaire I et II. Il existe aussi des journées spécifiques et des ateliers pédagogiques.

Le département assure, dans les colonnes de la «Tribune de Genève», qu'il va «renforcer et intensifier l’éducation sexuelle, notamment à l’enseignement secondaire II, et l’étendre à l’enseignement spécialisé». Ainsi que revoir les formations des consultants en promotion et éducation santé. Sans pour autant préciser en quoi consisterait le nouveau programme.

Genève fait l'effort minimum

«À ma connaissance, nous sommes la seule structure thérapeutique à accueillir les auteurs mineurs, dont des Genevois», regrette le lausannois Marco Tuberoso auprès de la Tribune de Genève. Par le passé, l’association, qui avait été sollicitée par des professionnels pour agir également sur Genève, avait demandé des fonds pour faire de la prévention, ce qui lui avait été refusé.

L’association Patouch dispense quant à elle des cours de prévention dans les cantons de Vaud et du Valais. «Il ne faut pas confondre gestion des violences sexuelles avec éducation à la sexualité, explique Bernard Jaquet, président. C’est cette pensée qui fait que la prévention actuelle manque sa cible: elle ne s’adresse pas directement aux enfants, ce qui leur permettrait de connaître tous les risques qu’ils encourent.»

Elle milite toujours pour être reconnue à Genève, où le débat sur l'avènement d'une nouvelle éducation sexuelle et préventive ne semble qu'être effleuré. À l'heure où, du côté du Conseil fédéral, la notion de consentement n'est pas prête d'entrer dans la loi.

Berne refuse le principe de consentement

En 2019, un sondage commandé par Amnesty International avait alerté l’opinion publique sur l’ampleur du problème du consentement, comme l'écrivait il y a quelques jours «RTS Info». Il révélait qu’une femme sur cinq a déjà subi des actes sexuels non consentis. Aujourd’hui, la majorité (58%) des personnes sondées estime qu’il revient au Parlement d’agir. C’est également la revendication de l’ONG.

Toutefois, ce n’est (pour l’instant?) pas la solution privilégiée par le Parlement. Le Conseil des États devrait se prononcer au cours de la session d’été. Mais aussi bien le Conseil fédéral que la Commission des affaires juridiques refusent d’introduire le principe du consentement, préférant le modèle du «non, c’est non». L’élément de la contrainte serait ainsi abandonné, mais la victime devrait toujours exprimer son refus, écrit le média.

Cette option ne prend toutefois pas en compte les dernières études scientifiques, qui montrent que dans 70% des cas, les victimes se retrouvent dans un état de sidération et dans l’incapacité de réagir.

En 2019, un sondage commandé par Amnesty International avait alerté l’opinion publique sur l’ampleur du problème du consentement, comme l'écrivait il y a quelques jours «RTS Info». Il révélait qu’une femme sur cinq a déjà subi des actes sexuels non consentis. Aujourd’hui, la majorité (58%) des personnes sondées estime qu’il revient au Parlement d’agir. C’est également la revendication de l’ONG.

Toutefois, ce n’est (pour l’instant?) pas la solution privilégiée par le Parlement. Le Conseil des États devrait se prononcer au cours de la session d’été. Mais aussi bien le Conseil fédéral que la Commission des affaires juridiques refusent d’introduire le principe du consentement, préférant le modèle du «non, c’est non». L’élément de la contrainte serait ainsi abandonné, mais la victime devrait toujours exprimer son refus, écrit le média.

Cette option ne prend toutefois pas en compte les dernières études scientifiques, qui montrent que dans 70% des cas, les victimes se retrouvent dans un état de sidération et dans l’incapacité de réagir.

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