En politique vaudoise, il n'y a décidément pas de trêve des confiseurs. Ni des viticulteurs. Au lendemain d'une interview lunaire – à défaut d'être biodynamique – sur les cépages vaudois chez nos confrères de «24 heures», Valérie Dittli a une nouvelle fois convoqué la presse. Elle marche seule, chanterait Goldman. De plus en plus.
Sur la méthode, rien de vraiment nouveau: la collégialité est une nouvelle fois mise entre parenthèses et une parole personnelle emprunte les codes de la communication institutionnelle. Une sorte d’exercice entre la Trumperie et la vaudoiserie. Qui entretient forcément une ambiguïté: l'avis de droit présenté vendredi a beau être signé par deux éminents professeurs, il reste une expertise commandée par Valérie Dittli. Il n'engage ni le Conseil d'Etat, ni le Ministère public, et encore moins un juge. Ce qui ne signifie pas qu'il ne vaut rien.
Au contraire : l'avis soulève une vraie question juridique sur la manière dont le rapport Meylan a été établi, publié puis transmis au Ministère public. Valérie Dittli a-t-elle pu exercer suffisamment son droit d'être entendue avant qu'un document aux conséquences politiques aussi explosives soit rendu public? La question mérite mieux qu'un haussement d'épaules. Même si les fuites orientées distillées depuis des mois voire des années expliquent en partie cette précipitation de communication. Mais l'erreur serait de confondre cette bataille juridique avec la bataille politique.
Valérie Dittli n'est pas présidente des Etats-Unis. Dans la démocratie suisse, une femme ou une homme d’état ne gouverne pas seul contre tous. Elle ou il gouverne par la collégialité, les compromis et les alliances. Et lorsqu'il ne reste plus ni collégialité, ni compromis, ni alliés, le problème cesse d'être seulement personnel: il devient institutionnel.
En football comme en démocratie, on ne remplace pas toute l'équipe lorsqu'elle ne joue plus ensemble. A un moment, c'est l'entraîneur ou le joueur emblématique qui trinque.
Un paradoxe
Valérie Dittli invoque aujourd'hui sa «dignité humaine» et dit vouloir «l'apaisement». On peine à entendre la première. Il est encore plus difficile de croire encore au second.
Blessée, convaincue – parfois avec de bonnes raisons – d'avoir mis au jour des dysfonctionnements, elle doit pourtant savoir que la paix qu'elle appelle de ses vœux n'est probablement plus accessible depuis l'intérieur du gouvernement. On ne peut pas simultanément engager une bataille contre ses collègues et prétendre restaurer avec eux la confiance nécessaire à l'exercice quotidien du pouvoir. C'est là tout le paradoxe.
Si Valérie Dittli estime avoir été lésée, libre à elle d'aller jusqu'au bout des voies de droit et d'obtenir les réparations auxquelles elle estime pouvoir prétendre. Elle pourrait même obtenir gain de cause sur une partie de la procédure. Mais cela ne répond plus à la question politique.
Un ministre peut avoir juridiquement raison et devoir politiquement partir. C'est probablement là qu'une vieille maxime attribuée à Jean-Pierre Chevènement retrouve brutalement son actualité : lorsqu'un ministre ne peut plus assumer la solidarité gouvernementale, il lui reste la liberté de reprendre sa parole – hors du gouvernement.
Car «son» avis de droit ne blanchit pas Valérie Dittli. Il ne réfute pas non plus les faits établis par le rapport Meylan. Il ouvre en revanche un deuxième procès : celui de la manière dont l'Etat a établi, publié et utilisé ce rapport. Et celui-là n'est pas anodin.
Il pourrait fragiliser juridiquement le rapport sans nécessairement le faire disparaître. Il pourrait même donner raison à Valérie Dittli sur la forme sans lui rendre ce qu'elle a perdu sur le fond politique: la confiance de ses collègues et la capacité de gouverner avec eux.
«Quand la vie s'obstine dans ces heures assassines / Je suis riche de ça, mais ça ne s'achète pas», poursuivait notre JJG. Mais ce n'est pas parce qu'une chose ne s'achète pas qu'il faut s'y accrocher à tout prix.