Dans les affaires Dittli, il est difficile de séparer les faits du storytelling. A force que chacun raconte ou se raconte des histoires, tout le monde à fini par croire à la version qui l’arrangeait. Il y aurait donc, au choix, d’un côté, la menteuse, la cynique, l’égoïste conseillère d’Etat centriste qui met la pagaille dans un Conseil d’Etat qui ne demanderait qu’à travailler ensemble. Et de l’autre la Sainte zougoise, une sorte de Jeanne d’Arc version suisse centrale, brûlée sur le bûcher à force de chercher la vérité.
Mais comme pour Scully et Mulder, la vérité est ailleurs. Elle suppose de ne pas choisir son camp et de s’en tenir aux faits. Qui montrent un État heptacéphale dysfonctionnel qui cherche à se débarrasser d’une de ses têtes inadaptées sans vouloir prendre à bras le corps les problèmes révélés. Des fautes graves qui nuisent à la bonne marche de la démocratie vaudoise. Et qui doivent être réparées.
Les appétits immobiliers
Oui. Valérie Dittli a menti et trahi plus souvent qu’à son tour, notamment pour servir ses propres ambitions. Sa stratégie, qui semble être de vouloir se représenter juste pour pouvoir toucher sa rente tout en visant le Conseil national, n'est pas digne. Mais reconnaissons-lui d’avoir pris ses distances avec les mauvaises pratiques de son prédécesseur aux Finances en matière de bouclier fiscal, pratiques qui ont coûté des dizaines de millions aux contribuables vaudois. Tout comme, et l’enquête de Camille Krafft et d'Antoine Harari est édifiante à ce sujet, d’avoir voulu préserver les terres agricoles vaudoises des appétits immobiliers de quelques privilégiés sur fond de conflits d’intérêts majeurs.
Pourquoi donc, dans ce dernier dossier, l’exécutif a passé plus de temps à s’intéresser à savoir comment on allait indemniser – ou pas – l’ancien président déficient de la commission foncière rurale plutôt que de se demander pourquoi un organe choisi et contrôlé par l’Etat participe à la spoliation agricole dans un canton dont les racines terriennes nous sont si chère.
Crever les abcès
Si le canton de Vaud doit crever l’abcès, cela passe peut-être par le départ de Valérie Dittli qui ne se préoccupe que bien peu de la concordance. Mais il faut nettoyer les écuries d’Augias et de Saint-Maire, éliminer des pratiques nuisibles au plus grand nombre et à l’intérêt commun. C’est ce droit d’inventaire dont doit se saisir maintenant le Grand Conseil. En toute urgence. Mais surtout en toute transparence. Au-delà des esprits partisans. En exigeant que ceux qui ont fauté rendent des comptes.