Un commentaire de Claude Ansermoz
Sapperlot! Le sauvignon blanc, ce Vaudois qui s’ignore

Le sauvignon blanc, nouvelle spécialité historique vaudoise? Valérie Dittli semble réécrire l’histoire viticole du canton. Un raccourci qui interroge, alors que le chasselas reste son véritable emblème, estime Claude Ansermoz, rédacteur en chef de Blick.
S'il n'enlève rien à la qualité du sauvignon, Claude Ansermoz estime qu'il ne raconte pas l'histoire du canton de Vaud.
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Claude AnsermozRédacteur en chef en charge des contenus

Va-t-on assister à une nouvelle «affaire Dittli»? La plus adepte du storytelling parmi les ministres vaudois est-elle en train de réécrire l’histoire viticole du canton?

Dans son entretien accordé à 24 heures, la cheffe du Département de l’agriculture répond à une question toute simple: «A quand remonte votre dernier verre de chasselas?» Sa réponse surprend: «Hier soir, nous avons commencé par un sauvignon blanc de Founex, puis poursuivi avec un rouge du Chablais.»

Jusque-là, rien à redire. Même si elle ne répond pas vraiment à la question, les goûts ne se discutent pas. Mais l’affaire prend une autre tournure lorsque, plus loin dans l’entretien, elle explique que le sauvignon blanc serait «une tradition et un cépage propre» à notre territoire. Là, le storytelling prend le pas sur l’histoire.

Un raccourci curieux

Le nom même du sauvignon rappelle pourtant ses origines. Il dériverait de l’ancien français sauvignon, lui-même apparenté à «sauvage», en référence aux vignes poussant dans les bois. Un cépage né en France, vraisemblablement entre la Loire et le Sud-Ouest, qui a ensuite conquis le monde entier. Une destinée internationale qui n’enlève rien à ses qualités, mais qui ne fait pas de lui un enfant du Léman, de La Côte ou du Chablais.

Personne ne contestera que d’excellents sauvignons blancs sont aujourd’hui produits dans le canton de Vaud. Des vignerons talentueux ont démontré depuis longtemps que ce cépage pouvait magnifiquement s’exprimer sur certains terroirs lémaniques. Mais le présenter comme une spécialité historique du canton relève d’un raccourci pour le moins curieux.

Loin du chasselas

Les travaux du généticien suisse José Vouillamoz ont largement éclairé l’histoire des cépages. Le chasselas est devenu, au fil des siècles, le cépage emblématique de la Suisse romande et plus particulièrement du canton de Vaud. Le sauvignon blanc appartient, lui, au grand patrimoine viticole français avant de devenir un cépage mondial. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le chasselas occupe encore près de six hectares vaudois sur dix. Le sauvignon blanc, lui, n’en représente même pas un sur cent. L’un raconte l’histoire du canton; l’autre en enrichit la palette.

Ce débat dépasse d’ailleurs la simple ampélographie. Au moment où Berne cherche à mieux valoriser les vins suisses, les mots comptent. On peut célébrer la diversité sans brouiller les repères historiques. Ce serait un peu comme expliquer que la spécialité de Zoug n’est plus la cerise, cultivée depuis plus de six siècles. Ni le kirsch, ni la Zuger Kirschtorte, mais un limoncello produit sur les rives du lac. Les Zougois auraient sans doute une expression pour cela: «Sapperlot!»

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