Un commentaire de Claude Ansermoz
La Suisse a refusé de céder aux fausses solutions de l’UDC

Le rejet de l’initiative «pour la durabilité» est plus qu’un revers pour l’UDC. C’est le signe d’une démocratie directe capable de reconnaître les vrais problèmes sans céder aux slogans simplistes, estime Claude Ansermoz, rédacteur en chef de Blick.
Le rejet de l’initiative «pour la durabilité» est plus qu’un revers pour l’UDC, estime Claude Ansermoz.
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Claude AnsermozRédacteur en chef en charge des contenus

La guerre des sondeurs a bel et bien eu lieu. Elle a duré dix minutes. Alors que, sur le coup de midi, gfs.bern annonçait un résultat «too close to call», LeeWas donnait déjà cinq points d’avance au non à la bien mal nommée initiative «pour la durabilité». Avant que l’institut préféré de la SSR finisse par suivre son concurrent.

Il y a d’excellentes nouvelles à tirer de ce résultat. D’abord, le taux de participation, qui flirte avec les 60%. L’UDC aura réussi, malgré elle, à mobiliser ces gens «raisonnables”»qui pensent que la Suisse va bien — ou pas si mal que certains passéistes veulent nous le faire croire — et qu’il n’est pas nécessaire de saboter cet équilibre pour le défendre, ni dans les urnes, ni sur les réseaux sociaux.

C’est aussi un signal extrêmement fort envoyé vers l’étranger. Alors que l’arc lémanique doit se barricader à cause d’un G7 dont il ne veut pas, alors que des manifestations racistes — sur fond de démagogie d’extrême droite — éclatent dans des pays où l’on pensait ne jamais voir cela, en Ecosse ou en Irlande du Nord, les Suissesses et les Suisses ont voté avec le cerveau plutôt qu’avec les tripes. Non qu’ils nient les problèmes d’un pays qui grandit parfois trop vite. Mais une majorité a refusé les fausses solutions préconisées par certains.

Pas un blanc-seing

Il faut une sacrée maturité pour ne pas se laisser berner par la démagogie. Dans combien de pays autour de nous un tel texte aurait-il fait un carton? Nous avons subi pendant cette campagne les moqueries et les clichés comme rarement. Mais c’est la force d’une démocratie directe telle que nous la pratiquons, trimestre après trimestre, que de ne pas choisir la facilité de solutions inapplicables et isolationnistes.

Reste que ce non ne vaut pas blanc-seing. Il ne dispense ni la Confédération ni les cantons de répondre aux tensions bien réelles que la croissance démographique fait peser sur le logement, les transports, les infrastructures et la cohésion sociale. La différence, dimanche, c’est que le peuple a refusé de confondre diagnostic et slogan.

Un message fort de la démocratie directe

Ce rejet ne doit pas non plus masquer le score du oui: près de 9 votants sur 20 ont soutenu un texte outrancier. De nombreux cantons aussi. Le jour où l’UDC se donnera les moyens d’être plus pragmatique, plutôt que de préférer la surenchère ou le chaos, elle sera peut-être en mesure d’orienter la politique suisse plus encore qu’elle ne le fait aujourd’hui. Mais il lui faudrait pour cela renoncer aux accents xénophobes de sa frange la plus dure, celle-là même qui lui assure aujourd’hui une partie de son socle électoral.

La démocratie directe n’a pas seulement rejeté une initiative. Elle a rappelé une exigence: traiter les vrais problèmes sans céder aux fausses évidences.

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