Après une lutte acharnée, le Parlement a adopté le budget fédéral 2026. Malgré le frein à l’endettement, des marges financières réduites et des débats parfois houleux, des compromis ont finalement été trouvés. Dans certains domaines, cela entraîne – selon les sensibilités – des coupes douloureuses, tandis que d’autres bénéficient d’un traitement plus généreux.
Le budget prévoit des recettes d’environ 90,4 milliards de francs et des dépenses de 91,1 milliards. Vendredi, le Conseil national et le Conseil des Etats ont approuvé les propositions de la conférence de conciliation sur les dernières divergences. Aperçu de la situation.
Vives critiques de la gauche et de la droite
Les débats ont duré des heures au Palais fédéral. Les deux pôles ont exprimé un fort mécontentement. L’UDC a rejeté presque toutes les propositions de la conférence de conciliation. La croissance économique sera de 1,2% en 2026, a relevé Lars Guggisberg, alors que les dépenses augmentent de 5%.
Le Parti socialiste (PS) et les Vert-e-s ont dénoncé les suppressions prévues. Les deux groupes ont toutefois fini par soutenir le budget. Le processus n’a pas été conduit avec la rigueur nécessaire en politique financière, mais comme une démonstration de force, a estimé le Vert Felix Wettstein. La socialiste Sarah Wyss a critiqué les coupes touchant la protection du climat et la lutte contre la violence sexiste. «Le démantèlement n’est pas une réponse, mais une déclaration de faillite.»
Des fonds pour lutter contre la violence sexiste
Les longues heures de délibérations sur de nombreuses propositions minoritaires ont aussi suscité des moments d’émotion. Le million supplémentaire destiné aux mesures de lutte contre la violence envers les femmes, rejeté par le Conseil national, a provoqué une vive indignation. Une manifestation à Berne et un appel signé par un demi-million de personnes ont sans doute contribué à inverser la décision.
Pas d'argent pour le train de nuit de Malmö
La suppression des 10 millions de francs pour la liaison nocturne prévue entre Bâle et Malmö a également fait réagir. Ce vote imposé par les citoyens a contraint les CFF à renoncer à la ligne prévue pour 2026.
Moins d'émissions de gaz à effet de serre
La loi sur le CO2 prévoit, jusqu’en 2030, des subventions annuelles pouvant atteindre 30 millions de francs pour les trains de nuit. Les 10 millions ainsi libérés pourront servir à réduire les émissions de gaz à effet de serre du trafic aérien.
Les employés fédéraux doivent se serrer la ceinture
Les employés de la Confédération devront eux aussi se serrer la ceinture. En 2026, ils ne recevront qu’une compensation du renchérissement de 0,1%. Les Chambres fédérales ont ainsi retranché 27,2 millions de francs du budget.
Moins d'argent pour les organisations internationales
Les contributions aux organisations multilatérales et à la coopération bilatérale au développement seront réduites. Par ailleurs, à la demande de la conférence de conciliation, 10 millions de francs passeront de la coopération internationale à la coopération économique.
Economies à l'Office fédéral de la justice
Des coupes toucheront aussi l’Office fédéral de la justice, malgré les avertissements sur un risque de retard pour l’introduction de la carte d'identité électronique (E-ID). En revanche, l’Office fédéral de la cybersécurité verra son budget renforcé de 10 millions, pour atteindre environ 26,25 millions de francs.
Un cœur pour l'agriculture
Comme souvent, les demandes agricoles ont été entendues. Dix millions de francs supplémentaires sont prévus pour la viticulture. Et davantage de moyens seront consacrés à la lutte contre les épizooties, à la protection des troupeaux et à la culture des pommes de terre.
Pas de réduction pour le tourisme
La coupe de six millions de francs voulue par le Conseil national pour Suisse Tourisme a été abandonnée. Le Conseil des Etats refusant catégoriquement de diminuer ce budget, la réduction n’a pas été retenue.
Un million pour le centre antipoison
Le centre antipoison Tox Info, confronté à des difficultés financières, recevra un million de francs supplémentaire, malgré l’opposition du Conseil fédéral. La ministre des Finances Karin Keller-Sutter a toutefois rappelé que le Département de l’Intérieur négocie une nouvelle solution de financement avec les partenaires privés, et qu’une hausse immédiate affaiblirait la position de la Confédération.
Hausse des dépenses d'armement
Le Parlement a augmenté les dépenses d’armement de 70 millions de francs, pour les porter à près de 2,8 milliards. En contrepartie, il a réduit de 12,5 millions les coûts d’exploitation de l’armée.
Et qu'en est-il des millions venus de Genève?
Avec le frein à l’endettement, la marge de manœuvre restait limitée. Ce n'est qu'à la dernière minute que l'on a appris que la Confédération pouvait établir son budget avec de l'argent supplémentaire provenant des impôts de Genève. Le Parlement a décidé d’injecter ces 290 millions de francs dans l’assurance-chômage à titre préventif.