Dans le cadre d'un suicide comme celui de Chiètres, où l'auteur sait qu'il y aura des victimes collatérales ou même le cherche, «l'autre» subit une «déshumanisation complète», explique le psychologue clinicien et criminologue Nicolas Estano dans «Le Matin Dimanche». Il s'agit de laisser une trace, de «marquer les esprits par un symbole fort et menaçant», le feu en l'occurrence.
Un individu souffrant de pathologies narcissiques ne considère pas son environnement immédiat – qu'il s'agisse de collègues ou d'inconnus croisés – comme peuplé d'êtres indépendants. «Ces personnes sont considérées comme de simples faire-valoir dont la seule fonction est de répondre aux besoins égocentriques de l'individu», développe dans un entretien avec le journal dominical Nicolas Estano, vice-président de l'Association française de criminologie, qui exerce auprès de la Cour d'appel de Paris et spécialiste du sujet.
Capter de l'attention
Les autres victimes sont ainsi «utilisées et manipulées» pour «permettre à l'auteur de revaloriser une estime de lui-même vacillante.» L'objectif d'enlever la vie à d'autres dans le cadre d'un tel suicide est «purement démonstratif», insiste Nicolas Estano: les autres victimes «servent à mettre en scène la grandiosité que l'auteur souhaite exhiber au monde avant de s'effacer définitivement.»
Ainsi, «l'auteur s'assure de capter totalement l'attention et le regard de l'autre, poursuit le spécialiste. Le choix délibéré du feu démontre donc une intention formelle et implacable de montrer quelque chose, de marquer les esprits par un symbole fort et menaçant.»
Au contraire d'un drame intrafamilial ou d'une attaque contre des personnes précises, un événement comme celui de Chiètres touche des individus qui n'ont aucun lien avec l'auteur. «S'immoler par le feu dans un bus, face à des personnes qui n'ont rien demandé, c'est envoyer un signal puissant et partir dans un «éclat grandiose.»