Ils sont finalement arrivés. Et tout porte à croire qu'ils n'ont pas fait le déplacement sur les rives du lac des Quatre-Cantons pour aboutir, à nouveau, à un constat d'échec. Installés depuis dimanche matin dans leurs suites luxueuses du Bürgenstock, le palace helvétique de Suisse centrale possédé par le fonds souverain du Qatar, le vice-président américain JD Vance et le président du Parlement iranien Mohamed Ghalibaf devront, dès les premières heures, prouver que leur rencontre n'est pas vouée à l'échec.
Le 12 avril, JD Vance avait claqué la porte de l'hôtel d'Islamabad, la capitale pakistanaise, où les premiers pourparlers de paix s'étaient déroulés. En vain. Dès les premières déclarations, la guerre verbale l'avait emporté, pour aussitôt accoucher d'une reprise des hostilités dans le détroit d'Ormuz.
Transformer l'essai
La Suisse, cette fois, peut transformer l'essai après s'être fait balader pendant plusieurs jours par les Etats-Unis et par l'Iran. Pourquoi cet optimisme? Parce que la configuration de ces pourparlers destinés à mettre en œuvre les 14 points du protocole d'accord signé par Donald Trump et le président iranien Massoud Pezeshkian n'a rien à voir avec les discussions d'Islamabad en avril. Cette fois, une base de négociations existe, même si le flou des 14 points est dénoncé par de nombreux observateurs.
Autre bon point pour la paix, alors que l'Iran a annoncé vouloir fermer de nouveau le détroit d'Ormuz : la responsabilité personnelle du président des Etats-Unis est engagée, puisqu'il a signé en personne ce «Memorandum of Understanding» à Versailles le 17 juin, à l'invitation d'Emmanuel Macron. Un échec serait donc l'échec de Trump, ce chef d'Etat qui ne connaît que la victoire et le succès, du moins lorsqu'on l'écoute. Difficile, dans ces conditions, pour JD Vance de claquer les lourdes portes en bois du Bürgenstock. Le vice-président des Etats-Unis avait d'ailleurs préparé le terrain en exhortant Israël de cesser les hostilités au Liban sud, rappelant l'importance de l'aide militaire américaine à l'Etat hébreu. Résultat: après deux journées particulièrement destructrices, vendredi et samedi, un cessez-le semble se dessiner, ce dimanche, entre l'armée israélienne et le Hezbollah chiite soutenu par l'Iran.
Expertise diplomatique
Autre avantage helvétique: le lieu. Le Bürgenstock a, dans le passé, vu se dérouler dans ses salles, ses salons et ses couloirs plusieurs négociations de paix difficiles, comme celles qui ont abouti, au début des années 2000, à la création du Soudan du Sud. En 2004, les représentants des deux parties de Chypre y avaient même conclu un accord historique conduisant à un référendum pour mettre fin au conflit qui divise l'île méditerranéenne depuis l'intervention de l'armée turque dans le nord, en 1974.
Les électeurs de la République de Chypre (aujourd'hui membre de l'Union européenne) avaient ensuite rejeté la réunification à 75%, mais le «deal» avait bien été scellé dans le palace lucernois. Le vent de la paix avait soufflé sur les cimes alpines, à quelques kilomètres de la prairie du Grütli, si symbolique pour l'histoire de la Confédération.
Sauvetage mondial
Dernier élément à prendre en compte, malgré la poursuite des hostilités ces dernières heures au sud du Liban: la conjoncture mondiale.
Donald Trump s'est réinventé une mission au sommet du G7 d'Evian: sauver nos économies! Même si le point le plus difficile à négocier au Bürgenstock sera l'accès rapide aux sites nucléaires iraniens pour les experts de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le locataire de la Maison-Blanche a les yeux rivés sur deux autres objectifs: la baisse des cours du pétrole (80,5 dollars le baril le 19 juin) et la remontée des marchés boursiers.
Or l'indice Dow Jones de Wall Street, la Bourse de New York, a atteint vendredi le record de 51'999,67 points, en hausse de 0,64%. Pas question de gâcher cette euphorie boursière, quelques jours après l'introduction en Bourse de SpaceX, la firme spatiale du milliardaire Elon Musk. 86 milliards de dollars ont été levés en une journée, le 15 juin. 4000 investisseurs sont instantanément devenus millionnaires, selon le «Wall Street Journal». Un bel argument électoral pour le président américain, à six mois des «midterms», les élections de mi-mandat qui auront lieu le 3 novembre.