Par Richard Werly
La Suisse se fait balader par Trump et l'Iran

Le report des pourparlers prévus au Buergenstock confirme que la Suisse n'est plus, dans le dossier Iran-Etats-Unis, qu'une puissance...hôtelière. Et si Trump et les mollahs allaient voir ailleurs?
Le report des pourparlers au Buergenstock prouve que la Suisse n'est, dans le dossier Iran-Etats-Unis, qu'une puissance...hôtelière.
Photo: DR
Blick_Richard_Werly.png
Richard WerlyJournaliste Blick

Et si on disait «Stop» ou «Non merci»? Evidemment, dire aux Etats-Unis et à l’Iran que nous ne sommes plus d’accord pour héberger leurs pourparlers en Suisse aurait un énorme inconvénient. Cela ferait apparaître la Confédération comme un pays pas si neutre que ça, et cela pourrait déplaire, en plus, au fonds souverain du Qatar, propriétaire du palace du Bürgenstock où les délégations sont supposées plancher. Mais franchement, regardons la réalité en face. Qu’avons-nous à gagner à accepter de n’être plus qu’une puissance diplomatique hôtelière, réduite au rang de passe-plat? Tout cela coûte. Tout cela monopolise des énergies. Sans aucune garantie, au final, d’en tirer quelques bénéfices.

Bons offices

Un peu d’explication est nécessaire. Depuis 1980, la Suisse représentait les intérêts des Etats-Unis en République islamique d’Iran. En jargon diplomatique, on parle de missions de «bons offices». Le rôle de la diplomatie helvétique était donc à la fois utile et incontestable. Les deux parties nous faisaient confiance. La neutralité suisse était illustrée par notre mutisme et notre capacité à intervenir dans les missions les plus délicates, y compris les libérations d’otages ou de ressortissants emprisonnés.

Ce qui se passe depuis plusieurs semaines, et ce qui pourrait se concrétiser au Bürgenstock, n’a rien à voir. Là, la Suisse sert de paravent à une négociation dont tous les paramètres nous échappent. Rien de commun avec les négociations de 2015 à Genève et à Lausanne sur le nucléaire iranien. Les intermédiaires, au Bürgenstock, seront le Pakistan et le Qatar. L’armée suisse surveillera. La diplomatie helvétique arrangera les nappes, les couverts et commandera peut-être les cafés. Avec, à chaque moment, la possibilité d’une nouvelle crise due au forcing militaire d’Israël, aux embuscades diplomatiques iraniennes ou aux coups de gueule médiatiques de Donald Trump.

L’entêtement

Pourquoi s’entêter, alors? Pourquoi ne pas simplement dire aux Etats-Unis et à l’Iran qu’un lieu existe pour négocier: le Palais des Nations à Genève? Un lieu d’autant plus justifié que l’Agence internationale de l’énergie atomique, une institution de l’ONU, devra être impliquée dans la mise en œuvre de l’accord en 14 points signé au château de Versailles par Donald Trump. Oui, pourquoi vouloir à tout prix rester sur la photo, après le strapontin offert par la France au président Guy Parmelin au G7? La Suisse pourrait très bien dire, poliment, qu’elle est toujours disposée à aider. Mais qu’elle n’est pas un paillasson posé au milieu des Alpes.

L’Iran et les Etats-Unis nous baladent. Donald Trump pense que, de toute façon, nous ne lui refuserons rien. Les mollahs iraniens nous voient comme des assistants efficaces. Les pays du Golfe, dont le Qatar, paient cher le droit de profiter de notre hospitalité. Tout le reste commence à ressembler à une mascarade. Alors, si on tirait le rideau?

Articles les plus lus