«C'est une honte! C'est une honte pour notre pays! C'est une honte pour nos institutions!» La conseillère nationale socialiste Tamara Funiciello ne mâche pas ses mots concernant l'affaire Patrick F*, ancien député UDC au Grand Conseil, accusé d'avoir drogué et abusé sexuellement de plusieurs femmes ainsi que d'une mineure.
Pendant des mois, Iwona L.* et sa fille Paula L.* ont traversé l'impensable. Ce lundi, le tribunal de district de Baden a ouvert le procès de Patrick F.*.
L’homme est en détention préventive depuis près de trois ans. Le ministère public réclame à présent une peine d’emprisonnement à perpétuité, assortie d'un traitement ambulatoire. Comme le veut la loi, le prévenu reste présumé innocent jusqu'à ce qu'un jugement définitif soit rendu.
«Les autorités leur ont fait subir un nouveau calvaire»
Mais l'affaire ne s'arrête pas là. Au drame humain s'ajoute aujourd'hui un scandale institutionnel: le comportement des autorités locales suscite une vague d'indignation.
Non seulement la commune leur a refusé l’aide sociale, mais elle a également immédiatement signalé le cas de la mère et de sa fille à l’Office des migrations d’Argovie. Le canton a ensuite engagé des poursuites pénales contre la mère et a voulu l’expulser du pays. Iwona et Paula L. sont originaires de Pologne. On ne sait pas encore si elles pourront rester en Suisse.
C’est précisément ce qui fait réagir Tamara Funiciello. Elle partage sa colère à Blick: «Quand cette mère a enfin trouvé le courage de se lever et d'affronter la situation pour protéger sa fille, les autorités ne l’ont pas soutenue: elles l’ont précipitée dans un nouveau calvaire.» Au lieu de protéger et de soutenir les victimes de violences sexuelles, une procédure d’expulsion a été lancée. «Et pourquoi? Parce qu’elles n’ont pas de passeport suisse!»
«Les victimes de violences sexuelles, domestiques et sexistes dans ce pays méritent de bénéficier du soutien nécessaire auprès des autorités, devant les tribunaux», souligne Tamara Funiciello. «Afin qu’elles puissent, d’une manière ou d’une autre, surmonter les violences qui leur ont été infligées.» Il est désormais urgent que des mesures politiques soient prises.
Ces revendications, émanant notamment des Femmes socialistes, ne datent pas d'hier. Une fois de plus, ce drame met en lumière les failles béantes du système de protection des victimes en Suisse. Dans ce dossier, l'instruction s'étire depuis plus de trois ans – une durée interminable et moralement insoutenable pour les personnes impactées.
Etre confronté à une procédure judiciaire aussi longue dans l'attente d'un jugement tardif constitue une source de traumatisme supplémentaire. «Nous exigeons des procédures plus courtes pour les victimes de violences sexuelles, domestiques et liées au genre», précise Tamara Funiciello.
«Le sujet n’est toujours pas pris au sérieux»
La dépendance est souvent un problème central dans les cas de violence domestique. Dans cette affaire, le statut de séjour de la mère et de la fille a en outre été remis en cause. Les Femmes socialistes souhaitent donc que la violence sexuelle, domestique et sexiste soit reconnue comme un cas de rigueur. La situation économique doit effectivement être prise en compte dès le début, comme le prévoit la loi. «Sinon, cela revient à signaler aux autres femmes migrantes qu’elles risquent de perdre leur statut de séjour si elles se séparent de l’auteur des violences», ajoute Tamara Funiciello.
Parallèlement, il faudrait mettre en place un accompagnement spécialisé qui permette précisément de remédier à cette dépendance et d’éviter que les victimes ne subissent un nouveau traumatisme.
Enfin, les Femmes socialistes réclament un nouveau débat sur le principe «Seul le oui compte»: tout acte sexuel sans consentement doit être reconnu comme un viol. C’est la seule façon de sanctionner efficacement la soumission chimique. «Ce sujet n’est toujours pas pris au sérieux», estime la conseillère nationale du PS, Tamara Funiciello.
*Noms connus de la rédaction
- Police: 117
- Violencequefaire (anonyme et gratuit, réponse dans les 3 jours)
Centres d’aide aux victimes LAVI
Et pour les jeunes:
- Ciao.ch (réponse dans les 2 jours)
- Pro Juventute (24/7): 147
- Patouche: 0800 800 140
- Police: 117
- Violencequefaire (anonyme et gratuit, réponse dans les 3 jours)
Centres d’aide aux victimes LAVI
Et pour les jeunes:
- Ciao.ch (réponse dans les 2 jours)
- Pro Juventute (24/7): 147
- Patouche: 0800 800 140