Sur deux femmes et une jeune fille de 15 ans
«Il se prenait pour le gardien de la morale»: l'entourage de l'ex-élu UDC accusé de viol témoigne

Patrick F., ancien député UDC au parlement cantonal argovien, est soupçonné d'avoir drogué et violé deux femmes et une jeune fille de 15 ans. A Untersiggenthal, commune où il vivait, voisins et collègues de parti sont sous le choc.
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Les accusations portées contre l'ancien élu UDC du Grand Conseil du canton d'Argovie sont d'une gravité exceptionnelle.
Photo: DR
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Sebastian Babic et Nicolas Lurati

«J'aurais pu mourir plusieurs fois.» Ces mots sont ceux de Paula L.* – l'une des victimes présumées de l'ancien député au Grand conseil (législatif) du canton d'Argovie Patrick F.* – qui a livré un témoignage glaçant dans les pages «Tages-Anzeiger». Elle n’avait que 15 ans au moment des faits. Selon ses dires, l'ex-élu de l'Union démocratique du centre (UDC) l'aurait droguée à son insu, puis agressée sexuellement à plusieurs reprises, le tout en filmant ses actes. Le Ministère public argovien s'est saisi de l'affaire.

L'adolescente vivait alors avec sa mère, Iwona L.*, au domicile de l'ancien homme politique. Cette dernière, d'origine polonaise, entretenait une relation avec lui et travaillait également comme gouvernante. Blick s'est rendu dans la commune où il résidait et y a rencontré des habitants déconcertés et stupéfaits.

L'horreur dans un quartier tranquille

La maison où les agressions contre la fille et sa mère auraient eu lieu, se trouve dans un quartier calme de la commune argovienne d'Untersiggenthal, où de nombreux habitants vivent dans des maisons individuelles avec jardin. La plupart des voisins sont au courant de l'affaire et connaissent l'accusé. S'ils sont plusieurs à accepter de témoigner, tous souhaitent conserver leur anonymat. Certains affirment même avoir peur de l'auteur présumé des faits.

A l'époque, l'arrestation de Patrick F. avait suscité la consternation dans le quartier. Selon plusieurs riverains, l'ex-élu était un homme solitaire et renfermé, qui vivait «isolé». Perçu par tous comme «un type à part», il n'avait toutefois jamais attiré suffisamment l'attention pour éveiller les soupçons de son entourage. Ce n'est que lorsque la police est intervenue en force en pleine nuit, le 4 septembre 2023, qu'il est apparu clairement que quelque chose de grave s'était produit.

«C'est tout simplement abominable»

«Je ne sais que depuis aujourd'hui que les victimes étaient la Polonaise et sa fille», déclare une voisine. Elle s'en doutait cependant depuis l'arrestation de Patrick F. en 2023. «Je suis soulagée que la vérité ait été révélée et que le danger soit écarté. Je suis moi-même une femme et j'ai des enfants, comme c'est le cas dans beaucoup de familles du quartier.»

Selon elle, les faits reprochés à Patrick F. sont «tout simplement abominables. J'espère qu'il passera un long moment en prison.» Concernant Iwona L. et sa fille, la voisine espère qu'elles pourront bientôt tourner la page: «J'espère que tout cela sera vite terminé pour elles et qu'elles pourront passer à autre chose. Qu'elles n'aient plus à affronter cela indéfiniment.»

Des scènes atroces filmées

Les accusations portées contre Patrick F. sont particulièrement graves. Ses crimes présumés n'auraient été découverts que parce que la mère de la jeune fille, alors âgée de 15 ans, serait entrée par hasard dans la chambre au cours d'un viol. «Il était en sueur et tenait une caméra à la main», a-t-elle raconté au «Tages-Anzeiger».

Il se serait également livré à des abus sur la mère et sur une autre femme, comme le laisse entendre l'acte d'accusation rédigé par le parquet argovien. Selon la mère, les enregistrements filmés montreraient des scènes horribles: «Tout ce qu'on peut imaginer de pire lors d'un viol est là.»

La liste des accusations portées par le Ministère public argovien est longue: «Viols aggravés multiples, contraintes sexuelles aggravées multiples, attentat à la pudeur, actes sexuels multiples avec des enfants». L'ancien député de l'UDC encourt la prison à perpétuité. A l'heure actuelle, l'accusé conteste «une grande partie des chefs d'accusation», comme l'ont indiqué ses avocats aux médias.

«Ses chaussures brillaient toujours»

Selon ses voisins, Patrick F. ne s'est jamais montré agressif. Une autre voisine le décrit plutôt comme un homme «peu aimable et réservé». Elle se souvient néanmoins d'un homme très soigné: «Ses chaussures brillaient en permanence.»

Les accusations portées contre lui ont provoqué un immense choc dans le quartier. «Les actes qui lui sont reprochés sont terribles, déclare la voisine. C'est fou quand je pense que de telles choses peuvent exister.» La voisine décrit quant à elle la victime, Iwona L., comme une femme très aimable. «Elle disait toujours bonjour et c'était une femme gentille», raconte-t-elle.

«
Honnêtement, je ne comprends pas non plus comment une personne aussi belliqueuse a pu se retrouver au Grand Conseil
Une voisine de Patrick F.
»

Patrick F., lui, renvoyait une image déjà moins positive. Une voisine témoigne: «Il était en conflit avec de très nombreuses personnes et institutions. Honnêtement, je ne comprends pas non plus comment une personne aussi belliqueuse a pu se retrouver au Grand Conseil.»

Le gardien de la morale

Un ancien collègue de Patrick F. au Grand Conseil et au sein du parti confie pour sa part à Blick: «Il se prenait pour le gardien de la morale. Je l'ai toujours trouvé très pointilleux.» Un autre membre de l'UDC se dit, lui, «consterné et dégoûté»: «Ces accusations sont terribles.» Il reconnaît même que cette affaire l'amène à douter de sa propre capacité à juger les gens.

La date d'un éventuel procès n'est pas encore connue. En l'absence de condamnation définitive, Patrick F. reste présumé innocent.

*Nom connu de la rédaction

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