«Les victimes devraient être protégées»
Après les abus à Berne et Winterthour, Nina Fehr Düsel réclame une liste noire pour le personnel des crèches

L'affaire choque la Suisse: un éducateur est jugé pour avoir abusé de 15 enfants en bas âge dans deux crèches différentes. Afin d'éviter de tels cas, la conseillère nationale UDC Nina Fehr Düsel exige des contrôles plus stricts.
1/4
La conseillère nationale UDC Nina Fehr Düsel exige une liste noire nationale des employés de crèches.
Photo: KEYSTONE
Simone_Steiner_Redaktorin Politik_Blick_2-Bearbeitet.jpg
Simone Steiner

C'est le scénario d'horreur qu'imaginent de nombreux parents. Durant des mois, Tobias*, éducateur dans une crèche à Berne, aurait attouché de jeunes enfants. Au moins 15 bambins seraient concernés, avec un total de 50 agressions. L'accusé aurait déjà commis des abus sur des enfants dans une crèche à Winterthour. Une situation qui ne l'a pourtant pas empêché d'être engagé à Berne. 

Pour Nina Fehr Düsel, conseillère nationale de l'Union démocratique du centre (UDC), cette histoire est «épouvantable». Le fait que Tobias ait pu être embauché dans une autre crèche malgré la procédure en cours est effrayant, selon elle. Raison pour laquelle l'élue demande d'instaurer une liste noire pour les personnes travaillant dans les crèches. «De telles histoires pourraient être évitées si un meilleur échange avait lieu entre les cantons», estime Nina Fehr Düsel. La Zurichoise souhaite déposer une intervention en ce sens lors de la session d'été.

Une liste noire pour les employés

Un tel registre professionnel existe déjà depuis 2004 dans le milieu scolaire. Il vise à recenser les enseignants dont l'autorisation d'enseigner a été retirée en raison de manquements graves. Cela englobe les condamnations définitives, ainsi que les procédures pénales en cours.

Nina Fehr Düsel peine à comprendre pourquoi une telle réglementation n'existe pas encore dans le domaine particulièrement vulnérable de la petite enfance. «Ce sont les victimes, et non pas les auteurs, qui devraient être protégées», martèle la conseillère nationale.

Pour éviter que des abus se produisent, l'élue zurichoise souhaite miser sur la prévention. «Les mesures de protection doivent être mieux appliquées.» Elle prend l'exemple du changement de couches, qui devrait toujours se faire à deux selon elle.

Pour des cadre de protection obligatoires

Après les cas d'abus à Berne et à Zurich, la Protection de l'enfance Suisse exige que les crèches soient légalement tenues de mettre en place un cadre de protection. «Les mesures de protection ne suffisent toutefois pas à elles seules», affirme l'association. Elles doivent aussi être appliqués rigoureusement au quotidien. C'est pourquoi des formations et sensibilisations régulières sont nécessaires. 

L'institution conseille à tout parent de vérifier si la crèche dispose de mesures de protection adéquates, et comment celles-ci sont mises en œuvre. En cas de soupçon d'abus, il convient de réagir avec calme et attention. Il est aussi primordial de rassurer son enfant et de le prendre au sérieux. «En cas de mauvais pressentiment, il faut en informer la direction de la crèche», explique l'organisation spécialisée.

Attention aux changements de comportement

L'association appelle à être attentif aux signaux d'alerte, notamment les changements de comportement soudains comme le repli sur soi, l'anxiété, un attachement inhabituel ou de l'agressivité. Un comportement sexualisé inadapté à l'âge, des troubles du sommeil, des troubles physiques ou une forte réticence envers certaines personnes peuvent aussi constituer des indices.

Depuis 2023, crèches et écoles sont tenues de demander un extrait de casier judiciaire pour chaque nouvel engagement. Interrogé par Blick, l'Office fédéral de la justice observe une nette hausse du nombre d'extraits spéciaux de casier judiciaire délivrés ces dernières années. Il est passé de 83'947 en 2020 à 130'598 en 2024. Cette forte hausse témoigne d'une sensibilisation accrue des autorités. 

* Nom modifié

Articles les plus lus