20 ans de prison
Le procès en appel d'un ex-ministre gambien condamné pour crimes contre l'humanité s'ouvre en Suisse

Le procès en appel d'Ousmane Sonko pour crimes contre l’humanité s’est ouvert lundi à Bellinzone. La procédure, très attendue par les victimes, devrait durer au moins deux semaines.
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Ousman Sonko, avait été condamné en 2024 à 20 ans de prison pour crimes contre l'humanité.
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AFP Agence France-Presse

Le procès en appel de l'ancien ministre gambien Ousman Sonko, condamné en 2024 à 20 ans de prison pour crimes contre l'humanité, s'est ouvert lundi devant le Tribunal pénal fédéral à Bellinzone, dans le sud-est de la Suisse.

En mai 2024, Ousman Sonko, 57 ans, avait été déclaré coupable «d'homicides volontaires répétés, d'actes de torture répétés et de privations de liberté répétées, infractions réprimées au titre de crimes contre l'humanité» alors qu'il était un proche du président gambien de l'époque Yahya Jammeh, qui a dirigé la Gambie d'une main de fer entre 1994 et 2016.

C'était la deuxième condamnation pour crime contre l'humanité prononcée en Suisse, après celle en 2023 en appel de l'ancien chef de guerre libérien Alieu Kosiah. Le ministère public de la Confédération, qui avait requis une condamnation à perpétuité, ainsi que dix parties plaignantes et l'accusé ont fait appel de la décision.

Il y a des «personnes pour qui cette procédure est très importante»

«C'est important que les juges se rendent compte qu'il y a des personnes concernées, qui sont là, qu'ils voient directement ces personnes pour qui cette procédure est très importante, parce qu'elles ont été victimes de crimes très graves (...) Ce sont des opposantes qui se sont fait arrêter et torturer», a déclaré à l'ouverture du procès en appel Fanny de Weck, avocate de deux plaignantes.

Lors des questions préliminaires, l'avocat d'Ousman Sonko, Philippe Curat, a souligné qu'il contestait la modification selon lui illicite de l'acte d'accusation en première instance, de même que la rétroactivité de la compétence universelle suisse établie en 2011. C'est également en 2011 que les crimes contre l'humanité ont été inscrits dans le droit helvète.

«On n'a pas de disposition juridique qui s'applique avant le 1er janvier 2011 (...) Pour ce qui est postérieur à cette date, je n'ai pas de problème. Pour ce qui est antérieur, on a un problème de rétroactivité», a-t-il déclaré à l'AFP.

«Ce procès est surtout l'occasion de reconnaitre judiciairement les crimes qui ont été commis»

Ce deuxième procès, qui devrait durer au moins deux semaines, s'est ouvert en présence de cinq parties plaignantes qui se sont déplacées depuis la Gambie, a constaté une journaliste de l'AFP.

«Ce procès est surtout l'occasion de reconnaitre et de confirmer judiciairement les crimes qui ont été commis, au-delà des personnes présentes dans cette salle d'audience, pour tous les Gambiens qui ont été victimes de cette dictature», a estimé Benoît Meystre, conseiller juridique de Trial International, l'ONG à l'origine de la procédure.

Ousman Sonko avait été arrêté en janvier 2017 dans un centre de requérants d'asile à Berne, où il avait été reconnu. Depuis le verdict, il est resté emprisonné en attente du procès en appel, les juges refusant ses demandes de mise en liberté en alléguant le risque de fuite.


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