Le Tour de Romandie, par définition, c’est un tour de Romandie. La boucle passe par de nombreux villages, plus ou moins anonymes. Les habitants déplacent leurs chaises de la terrasse au perron et regardent défiler le peloton. Pour cette deuxième étape du TdR 2026, les organisateurs ont fait la part belle aux petites bourgades.
Partie de Rue (FR) – autoproclamée «plus petite ville d'Europe» –, l'étape du World Tour s'est terminée à Vucherens, commune de la Broye vaudoise aux 648 habitants. Un bled broyard, entouré de collines, de champs de colza et d’arbres magnifiques. Sans oublier la petite chapelle, en haut du village, qui se trouve sur le chemin de Compostelle.
«Les vieux tracteurs»
Juste en face de celle-ci, on tombe sur Jean-François Perroud. L’homme au bel accent local est syndic de la commune et vice-président du comité qui organise l'arrivée de l’étape du jour. Il confie n'avoir pas beaucoup dormi ces dernières nuits et enchaîne les coups de téléphone: une barrière manque ici, l'arrêt de bus n'est pas sécurisé là-bas. Il a à peine le temps de se décapsuler une bière à l'aide de son briquet.
Car tout s'est fait dans la hâte pour préparer cette deuxième étape. «On nous a demandé à la dernière minute d’organiser, parce que les Jurassiens qui devaient le faire se sont retirés, raconte Jean-François Perroud. On a eu seulement quatre mois pour tout préparer.» À quelques heures du premier passage du peloton dans le village, le syndic se dit «content» et prêt à profiter un peu, après avoir installé «1700 mètres de barrières ce matin, avec 18 personnes».
On l'aura compris, organiser un tel événement n'est pas chose aisée pour un village de 648 habitants. «On a de la fierté et de l’émotion. On montre que les petits villages, eux aussi, peuvent bien organiser. Et pas que les villes», affirme celui qui n’est pas un fou du guidon, à la base. Lui, est plutôt dans «les vieux tracteurs», dont il organisera la rencontre nationale, à Vucherens, cette année.. Il a d'ailleurs profité de l'occasion pour mettre sa passion en avant, dans un champ attenant, où pas moins de 64 vieilles machines forment: «TdR 2026». «On a fait ça avec tous les copains hier soir», raconte-t-il.
Décorer la route à la craie
Plus bas dans le village, au milieu des villas, David regarde ses enfants décorer la route à la craie. Ce père de famille est un Chouette (gentilé des habitants de Vucherens) et se réjouit du passage du peloton dans le village, à quelques mètres de chez lui. «C’est vraiment une bonne surprise, on l’a appris il y a pas longtemps», confie celui qui dit adorer le cyclisme, et notamment le Tour de France. «Je suis fier de l’organisation et du village, on a plein d’amateurs de vélos qu’on ne soupçonnait pas», sourit-il en référence aux devantures décorées pour l’occasion. «Et pour les enfants, voir les meilleurs cyclistes du monde passer, c’est une super expérience!»
À quelques minutes du premier passage de «Pogi», l'activité craie s'est déplacée sur la longue ligne droite qui suit la ligne d'arrivée. «Tcheu» est inscrit sur le goudron.
Le long de la route, la quasi totalité de l'activité commerciale de Vucherens est résumée: son entreprise de toiture, sa concession Subaru, son relais pour routiers. Et, à l'entrée du patelin, où s’est installée la zone d’arrivée: le QG de la Maison Thiriet, entreprise de surgelés et sponsor du Tour de Romandie.
Le parrain de l'étape
«Ça fait bientôt sept ans qu’on sponsorise le tour, détaille Jérôme Stettler, qui dirige l’entreprise familiale avec sa sœur. Il se réjouit de cette zone d’arrivée, positionnée sur les terres de l'entreprise familiale, à un coup de pédale de la maison où il a grandi. «Je vois la ligne d’arrivée et le podium depuis mon bureau, s'enthousiasme-t-il. C’est juste génial, pour une petite commune champêtre, d’avoir autant de monde réuni. Cette ambiance, c’est extraordinaire.»
Quelques mètres plus haut, accoudé au comptoir d'une buvette éphémère, on retrouve Jacques, le père de la famille Stettler, qui a lancé l’affaire familiale en 1980, «avec un camion». Aujourd’hui, la flotte compte une cinquantaine de véhicules.
Grand amateur de vélo, il préside aujourd'hui le comité qui organise l’arrivée de l’étape. «Les gens du Tour de Romandie m’ont contacté, il leur manquait une étape», raconte-t-il. «Copain» de Bernard Bärtschi, ex-directeur technique du TdR, il a tenu à dépanner, en tant que «parrain de l'étape». Tout en n'oubliant pas qu'il avait déjà émis l’idée d'une arrivée du tour par Vucherens il y a de nombreuses années. «Mais on nous avait dit que c’était trop petit», s’amuse Jacques Stettler. Cette fois, en 2026, Vucherens aura bel et bien eu son moment de gloire.