Swiss-Ski est furieux
Swiss Olympic supprime les primes de performance

Ces dernières années, les sports d'hiver suisses connaissent une période de succès fulgurant, et pas seulement grâce aux 23 médailles olympiques remportées en Italie. Sauf que les fédérations ne vont plus recevoir aucune subvention de Swiss Olympic grâce à ces succès.
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Peter Barandun, président de Swiss-Ski (à droite, lors du Golf Trophy avec Marco Odermatt) n'est pas heureux de la décision de Swiss Olympic.
Photo: Zamir Loshi/freshfocus
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Matthias Dubach

En pleine vague de chaleur, Swiss Olympic a envoyé un mail qui est loin d’apporter un peu de fraîcheur à ses destinataires. Tout le contraire. Toutes les fédérations de sports d’hiver, de Swiss-Ski au hockey sur glace en passant par le curling et le bobsleigh, sont furieuses.

En effet, Swiss Olympic annonce que, malgré le succès sans précédent des Jeux olympiques de Milan-Cortina et les 23 médailles, aucune prime de réussite ne sera versée aux fédérations. Dans le courriel dont dispose Blick, Swiss Olympic justifie cette décision par la situation financière actuelle: l’organisation est confrontée à un déficit structurel.

Interrogée à ce sujet, l’organisation faîtière, présidée par Ruth Metzler-Arnold, en précise les détails: «Le versement d’une contribution, ainsi que son montant, dépendent de la situation financière de Swiss Olympic. Les fédérations ne peuvent pas prévoir ce montant dans leur budget. Les comptes annuels 2025 faisant état d’un déficit de 3,2 millions, le Conseil exécutif a décidé de renoncer au versement de ces primes de réussite.»

Swiss-Ski s’offusque aussi du timing

Ne pas verser de l’argent dont on ne dispose pas – c’est compréhensible. Pourtant, les fédérations concernées – Swiss-Ski, Swiss Curling, Swiss Sliding, la Fédération suisse de hockey et le Club alpin suisse (deux médailles olympiques en ski-alpinisme) – se sont dites, à la demande de Blick, irritées, déçues et, pour certaines, même mécontentes de cette décision.

Le président de Swiss-Ski, Peter Barandun, est non seulement contrarié par la suppression des primes, mais aussi par le moment choisi. «La décision de ne pas verser de primes de performance nous surprend et nous déçoit. D’une part, parce que la Suisse n’a jamais connu un tel succès aux Jeux olympiques. D’autre part, parce que, selon Swiss Olympic, cette décision avait déjà été prise en mars, mais que nous n’en avons été informés que trois mois plus tard. Lors du Parlement du sport le 21 mai ou à d’autres occasions, cette décision n’a pas été mentionnée une seule fois.»

C’est pour cette raison que Peter Barandun annonce que «Swiss-Ski va désormais chercher à dialoguer avec les autres fédérations concernées et avec Swiss Olympic.» Pourquoi ce retard dans la communication? Swiss Olympic l’explique simplement par «un retard dans les processus internes».

«Nous comprenons cette déception»

Swiss Olympic se montre compréhensive face aux réactions de mécontentement. «Bien entendu, nous comprenons cette déception. Dans le même temps, nous comptons sur la compréhension des fédérations. La situation politique et économique générale fait que Swiss Olympic et le sport suisse en général sont soumis à une pression accrue.»

Soit dit en passant, les primes individuelles de réussite destinées aux médaillés n’ont pas été supprimées. Et Swiss Olympic a une nouvelle fois augmenté cette année les subventions versées aux fédérations membres, pour un montant total de 89,2 millions.

Les fédérations concernées ne savent pas quel montant supplémentaire aurait théoriquement pu être versé avec des primes de performance. Swiss Olympic les calcule à chaque fois à l’aide d’un système de points. Ne sont pas seulement prises en compte les médailles olympiques, mais aussi, au cours du cycle quadriennal de 2022 à 2026, les médailles des Championnats d’Europe et du monde, ainsi que des critères tels que le degré de réalisation des objectifs fixés dans la convention de performance.

Rude pour la Fédération suisse de bobsleigh

Mais ce sont surtout les petites fédérations pour lesquelles même des sommes de quelques dizaines de milliers de francs constitueraient une aide très bienvenue, sans parler des contributions à six chiffres. La fédération de bobsleigh aurait particulièrement besoin de fonds après la polémique liée à un grand sponsor, défaillant.

«Bien sûr, en tant que fédération, chaque franc qui n’est pas versé nous affecte, précise Sepp Kubli, son président. Après la perte d’une importante contribution de sponsoring, nous continuons à travailler d’arrache-pied pour réduire notre déficit financier. C’est pourquoi chaque contribution est importante. Lorsque de tels fonds viennent à manquer, c’est très douloureux pour nous.»

Au sein du Club alpin suisse (CAS) également, cette non-contribution est loin d’être bien accueillie. Elle survient en plus précisément la semaine où le CIO annonce que le ski-alpinisme fera toujours partie du programme olympique en 2030. «Les primes de réussite de Swiss Olympic constituent une contribution importante pour le CAS, en particulier pour le skimo en tant que discipline olympique émergente qui a connu un grand succès à Milan-Cortina», écrit le Club alpin à Blick. Lors de la phase d’implantation d’une nouvelle discipline, ces fonds sont décisifs pour mettre en place durablement les structures nécessaires et la promotion de la relève. L’absence de ces primes affecte sensiblement le CAS. D’autant plus que le CAS, en tant que fédération responsable du ski-alpinisme, doit dès maintenant poser les jalons pour les Jeux olympiques de 2030.»

Les fédérations de sports d’été pas touchées en 2024

La nouvelle est particulièrement amère dans le curling et le hockey sur glace, où, rien que pendant la période de référence, la skip Silvana Tirinzoni a remporté trois titres mondiaux, deux titres européens et une médaille d’argent olympique – tandis qu’en hockey, les femmes ont décroché trois médailles d’argent aux Championnats du monde et une médaille de bronze aux Jeux olympiques. «Nous sommes déçus, d’autant plus que de superbes performances ont été réalisées, souffle Patrick Reber, CEO de Swiss Curling. Même si nous n’avions pas prévu ces subventions dans notre budget, nous aurions aimé les réinvestir directement dans le sport.»

La Fédération suisse de hockey sur glace tient un discours similaire: «La Swiss Ice Hockey Federation prend acte avec regret de la décision de Swiss Olympic. Les primes de performance constituent un élément important de la promotion de la performance et contribuent au développement du sport de la relève et du sport de haut niveau.»

Le fait que les fédérations de sports d’été aient reçu les mêmes subventions de performance pour leur cycle 2020-2024 n’est pas non plus très bien perçu. Swiss Olympic s’explique toutefois sans ambages: «La situation financière était alors meilleure qu’aujourd’hui.»

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