Il est 7h55 (pour un rendez-vous à 8h) lorsque Blick débarque dans ce café lausannois, situé à deux pas de la Place de la Riponne. Assis à une table, Sergei Aschwanden est (déjà?) au téléphone – et en suisse-allemand. «Oh, la journée a débuté à 5h45, puisque j'enseigne encore le judo», détaille-t-il. Cela tombe bien, puisque c'est de ce sport que nous sommes venus lui parler.
«Je ne sais même plus quand était la dernière interview à ce sujet, admet le député au Grand Conseil vaudois. Ça a été une très grosse partie de ma vie mais, aujourd'hui, il s'agit d'une activité parmi tant d'autres.» Assez fièrement, le médaillé de bronze aux Jeux de Pékin en 2008 ajoute que ses enfants sont allés fouiller sa page Wikipedia et que, en plus de «judoka», il y avait également la notion de «personnalité politique suisse». «Je me dis que ce n'est pas mal et que je suis passé à autre chose», sourit-il.
En concurrence avec Los Angeles ou San Francisco
Homme aux multiples casquettes, Sergei Aschwanden a décidé de s'en rajouter une pour cette année 2026: organisateur d'un Grand Slam de judo à Lausanne. Pour les gens peu habitués aux tatamis, c'est l'équivalent d'un Grand Chelem en tennis, sauf que là, il y en a dix dans le monde. «Tout est parti, il y a six ans, d'un délire entre potes en fin de soirée, révèle-t-il. J'aime à dire que le jus de pomme gazeux amène beaucoup d'imagination.» Apparemment, il peut aussi amener l'un des plus grands événements de son sport.
«Il y a eu une grande concurrence avec des villes comme San Francisco ou Los Angeles mais on avait un dossier costaud à Lausanne, détaille Sergei Aschwanden. On avait l'argument de poids qu'ici se situe le siège du CIO.» La Fédération suisse – dont il est le président – a soutenu le projet, à condition de créer une association. «Il fallait le faire sans que ce soit un risque et, ainsi, elle est protégée.» C'est finalement Trako – une association cofondée avec son meilleur ami il y a 15 ans – qui sera en charge de l'événement.
La Vaudoise aréna, seule option
Pour arriver à mettre sur pied un tel tournoi, Lausanne a besoin d'une infrastructure. La Vaudoise aréna a été choisie. «On n'avait pas le choix, c'était la seule qui permettait de répondre aux attentes», explique Sergei Aschwanden. Parmi celles-ci, un terrain de 60 m par 30 m et l'espace suffisant pour accueillir entre 600 et 800 athlètes – sans leur staff.
Forcément, ce genre d'événements possède un coût. «On possède un budget estimé à 4-5 millions, révèle l'ancien judoka. On a une chance inouïe d'avoir des soutiens publics avec la ville de Lausanne, les communes de la région de Lausanne, l'État de Vaud, le Fonds du Sport, la Fondation d'Aide Sociale et Culturelle et la Confédération, qui couvrent environ 40-45% du budget.» Pour le reste, 30% sont couverts par le sponsoring privé et le reste, par la billetterie.
D'ailleurs, la salle se remplit gentiment. «On aimerait attirer entre 3000 et 4000 personnes par jour et, pour le moment, on a vendu environ 40% de ce chiffre», détaille Sergei Aschwanden. Défenseur des billets nominatifs pour les matches de football, le politicien vaudois précise que ceux du Grand Slam le seront aussi. «Par contre, je ne crois pas qu'il y aura de fumigènes… Quoique, si je le dis, peut-être certains s'en procureront», rigole-t-il.
Le premier Grand Slam totalement inclusif
Dernière particularité de ce Grand Slam à Lausanne: il est totalement inclusif. «Je n'ai personne dans mon entourage proche qui est en situation de handicap, mais j'organise des camps de judo depuis 17 ans et je me rends compte que le monde valide ne sait pas gérer ces personnes, souffle Sergei Aschwanden. Leur naturel et le côté affectif nous rappellent ce qu'on a perdu.»
C'est pour cette raison que l'instigateur a approché la Fédération internationale en leur proposant d'accueillir tout le monde, ce qu'elle a accepté. «Je me réjouis de voir les malentendants, les malvoyants ou les personnes en situation de handicap mental s'échauffer aux côtés d'un Teddy Riner.» Des scènes qui seront visibles à Lausanne, entre le 28 et le 30 août prochain. Et une expérience qui pourrait être renouvelée en 2027 et en 2029 – «avec une option d'organiser les Mondiaux en 2028» révèle Sergei Aschwanden.