Des ultras déchaînés, des étincelles à même le terrain et des joueurs terrifiés. Ce samedi 18 avril, lors de la demi-finale de Coupe de Suisse, la Pontaise est devenu le théâtre de nouveaux débordements d'ultras. Lorsqu'un joueur du Stade Lausanne-Ouchy (SLO) a exulté devant les supporters du Grasshopper Club Zurich (GC), suite à un but décisif, les fans zurichois, fous de rage, ont laissé leurs émotions déborder.
Alors que certains sont parvenus à escalader les barrières pour agresser les joueurs, contraignant des sportifs du SLO à se réfugier dans les vestiaires, d'autres se sont évertués à projeter une salve d'engins pyrotechniques sur la pelouse, durant les neuf minutes de temps additionnel accordées. Les confrontations se sont prolongées après le match, à coups de pétards et de jets de bière, au point où certains joueurs n'osaient plus quitter le stade pour rejoindre leur car. «On a tous eu peur», a d'ailleurs admis le buteur genevois Vasco Tritten.
Suite aux événements, chaque club s'est prononcé via des communiqués de presse, condamnant fermement les effusions: «Ce comportement est honteux et totalement inacceptable», admet le GC, ajoutant que le club prend cet incident très au sérieux et qu'une enquête a été ouverte. «Le football doit rester un moment de partage, de respect et de passion, jamais un lieu de violence, de destruction et de vol», martèle le SLO, qui assure «prendre toutes les mesures nécessaires, y compris des actions fermes, afin que de tels événements ne se reproduisent plus».
Billets nomitatifs et places assises
Loin d'être rares, ces débordements explosifs se répètent comme de violents refrains, si bien que des voix politiques s'élèvent pour dénoncer l'absence de mesures préventives. Fin mars, 64 élus du Grand Conseil vaudois signaient une motion exigeant l'introduction de billets nominatifs, lors des matchs de football à risque. Cela implique la modificiation du Concordat intercentonal instituant des mesures contre la violence lors des manifestations sportives, conclu en 2007.
«Le sport doit rester une fête, un moment récréatif, et non pas un défouloir pour des personnes frustrées, estime le député PLR Sergei Aschwanden, à l'origine de la motion. En plus des billets nominatifs, il faudrait supprimer les espaces dédiés aux ultras, généraliser les places assises pour le public et mieux appliquer la base légale existante en matière de pyrotechnie. En cadrant les choses de manière plus précise, les supporters seront plus facilement identifiables et l’ambiance se calmera.»
Sur les réseaux sociaux, l'idée suscite de vifs débats, certains internautes rappelant, avec courroux, que la plupart des incidents de ce type se déroulent en-dehors des stades. «Les stades ne deviendront plus que des lieux mort, sans ambiance», commente l'un d'entre eux sur Instagram, sous une publication du PLR Vaud.
«Je trouve déplorable qu'on attende autant pour agir»
Pour rappel, le Conseil national avait refusé, en septembre 2025, une motion allant dans le même sens. Loin de se décourager, Sergei Aschwanden a demandé le soutien de la Conférence latine des responsables cantonaux de la sécurité civile, en attendant la décision du Grand Conseil.
Le PLR estime en effet que la situation devient «scandaleuse», alors que les scènes chaotiques se répètent, au fil des saisons: «Cela concerne certes une minorité de supporters, mais le changement devient urgent, martèle cet ancien judoka, médaillé de bronze aux JO de 2008. Avec un tel laxisme au niveau de l’application des réglementations de sécurité, je crains que nous revivions un drame comme celui de Crans-Montana, dans un stade. Je trouve déplorable qu’on attende aussi longtemps pour agir: faut-il que quelqu’un soit grièvement ou mortellement blessé par un engin pyrotechnique pour qu’une action concrète soit enfin mise en place?»
En effet, Sergei Aschwanden se dit exaspéré de constater que les clubs, comme les autorités politiques, se déresponsabilisent par rapport à l’application du cadre légal: «Certains clubs se cachent derrière la loi ou invoquent des aspects financiers, affirmant que la suppression des places debout exigerait un investissement trop important, pointe le député. Or, il me semble que nous payerons encore plus cher l’image négative véhiculée par ces comportements.»
Un manque de courage politique
Difficile de comprendre clairement à qui incombe la responsabilité du maintien de la sécurité, dans les stades. L'action des forces de l'ordre s'arrête effectivement aux limites du stade, signifiant que tout événement survenant à l'intérieur est placé sous l'égide du club. L'Association suisse de football précise, dans son règlement, qu'il est strictement interdit de lancer des articles de pyrotechnie, d'endommager les installations, d'escalader des barrières et de se comporter de manière agressive ou provocatrice. La Swiss football league, de son côté, édicte des règles similaires, que les clubs sont tenus de faire respecter, sous peine de sanctions.
Or, pour Sergei Aschwanden, c’est surtout au monde politique de prendre les dispositions nécessaires: «Il est vrai que ce type de changement requiert d'être courageux, ce qui n’est pas toujours le propre des politiciens. Mais sans courage, on ne peut avancer.» La motion concernant les billets nominatifs a été renvoyée en commission. Affaire à suivre.