Le poids des athlètes, et principalement des femmes, est un sujet qui revient régulièrement dans le débat public, suscitant critiques, interrogations et controverses. Après sa victoire au Tour de France en juillet 2025, Pauline Ferrand-Prévot avait ouvertement abordé la question: «Je ne veux pas rester comme ça, je sais que ce n'est pas 100% sain», confiait-t-elle à RMC Sport. Cette déclaration a relancé les discussions sur le lien complexe entre performance sportive et physique.
Dans certaines disciplines, comme le cyclisme, le saut à ski ou le marathon, un poids plus léger est souvent perçu comme un avantage. Abigail Strate, médaillée de bronze aux JO de 2022, explique: «Nous devons faire un certain poids selon la taille de nos skis. Si je fais moins de 51,8 kilos, je suis disqualifiée.» Mais privilégier la légèreté à tout prix peut avoir de graves conséquences. Le syndrome REDs (déficit énergétique relatif dans le sport) affecte l’immunité et la densité osseuse, ainsi que et le cycle menstruel chez les femmes. Le CIO rappelait en 2023 que ce syndrome est souvent ignoré par les athlètes et leurs entraîneurs.
«Dans tous les cas, on va déranger quelqu’un»
Margot Chevrier, septuple championne de France de saut à la perche, décrit les contraintes de son sport: «Si j'arrête de m'entraîner, je maigris parce que je perds du muscle. On fait un sport où le rapport poids-puissance est important, mais quel que soit ton gabarit, tu vas réussir à t'en sortir.» Elle souligne également la pression sociale et sportive: «Si tu es trop musclée, on va te dire que tu ressembles à un mec. Si tu n’es pas assez musclée, on va te dire que tu ne peux pas performer. Au final, dans tous les cas, on va déranger quelqu’un.»
Les réseaux sociaux renforcent cette pression. Romane Miradoli, spécialiste du ski alpin, note: «Les images retouchées donnent l’impression d’être loin du corps parfait. Mais pour aller vite sur les skis, il faut une certaine densité.» Laura Gauché, également skieuse, insiste: «J'accepte d’avoir des cuisses, il le faut. Ça passe avant la beauté physique.» Simone Biles témoigne également de la pression subie par les athlètes sur leur apparence: «Même si je ne me suis jamais sentie en surpoids, il a été difficile de supporter les jugements. Cette expérience m'a appris à accepter et aimer mon corps, peu importe ce que les autres disent.»
Des initiatives de développent
Pour protéger les athlètes, certaines initiatives se développent. La Fédération française de gymnastique propose par exemple des formations sur la nutrition et la gestion de la charge d’entraînement. Bastien Saffores, préparateur physique, explique: «On essaie vraiment d'avoir une relation de confiance avec l'athlète. Depuis quatre ans et demi, les pesées quotidiennes ont été remplacées par des programmations individualisées.» L’objectif: placer l’athlète au centre de son projet sportif et sensibiliser aux dangers des variations de poids extrêmes.
Dans les sports à catégorie de poids, comme le judo, les dérives sont limitées par des règlements stricts. Gévrise Emane, triple championne du monde, insiste: «Un jeune doit rester dans la catégorie de poids dans laquelle il s'inscrit, pour éviter les risques physiques et psychiques.» Elle-même a réussi à évoluer entre deux catégories grâce à une alimentation équilibrée et un encadrement professionnel. Les standards de beauté continuent d’influencer les mentalités, pour cela, il est urgent de valoriser la diversité des corps et de privilégier la santé plutôt que la quête de perfection.