C'est sans doute la candidature à la Fête fédérale la plus audacieuse de l’histoire de la lutte suisse. Les Genevois rêvent d’organiser la grande fête en 2031 sur la Plaine de Plainpalais, en plein cœur de la ville, à près de deux kilomètres du célèbre Jet d’eau et des rives du Léman.
Jusqu’à fin avril, les trois candidatures (Genève, Rarogne, Colombier) ont répondu aux questions du groupe d’experts de l’association faîtière. Mais rien ne garantit encore que le projet genevois sera réellement soumis au vote en mars 2027. Car si le Conseil d’État genevois soutient l’idée, la Ville de Genève, elle, s’y oppose désormais ouvertement.
Une arène géante montée comme un Lego
La Ville qualifie auprès de Blick le projet de Fête fédérale de lutte suisse sous cette forme de «totalement irréaliste». Le concept prévoit pourtant la construction, sur la Plaine de Plainpalais, d’une arène en bois suisse pouvant accueillir 47'000 spectateurs.
L’infrastructure a été pensée comme un immense jeu de Lego: les différents éléments seraient préfabriqués en atelier puis assemblés sur place. Sur le site même, il ne resterait pratiquement qu’à fixer vis et écrous, afin de limiter au maximum les nuisances sonores pour les riverains.
Mais cela ne suffit pas à convaincre les autorités municipales. «En tant que propriétaire de Plainpalais, la Ville de Genève estime qu’un tel projet est disproportionné et engendre trop d’impacts et de nuisances pour les habitants du quartier», explique Cédric Waelti, responsable de la communication de la Ville.
«Il n’en est pas question»
Lors d’un week-end de Fête fédérale, près de 300'000 visiteurs sont généralement attendus. Pour la Ville, la question de l’espace est donc centrale. «Nous pensons que la Plaine de Plainpalais ne peut pas absorber une telle foule en plein centre-ville.»
La dernière Fête fédérale de lutte, organisée à Mollis, s’étendait sur quelque 70 hectares. La Plaine de Plainpalais, elle, n’en compte qu’environ sept. «Un dossier reposant uniquement sur ce site n’est donc pas envisageable pour la Ville de Genève.» Les autorités disent avoir demandé à l’Association genevoise de lutte suisse d’étudier des alternatives dans les environs.
La fête au bord du lac
La directrice du projet, Isabelle Emmenegger, comprend les inquiétudes de la Ville. Elle précise toutefois que seule l’arène de lutte serait installée sur la Plaine de Plainpalais. «Nous prévoyons d’organiser les espaces festifs le long du lac, afin de répartir les visiteurs.»
Si la Ville refusait définitivement de mettre la place à disposition, cela signerait pratiquement la fin de la candidature genevoise. «Nous ne pouvons gagner qu’avec quelque chose d’unique. Avec une arène classique en périphérie, nous n’aurions aucune chance», estime Isabelle Emmenegger.
Le temps commence à manquer
En cas d’échec du projet genevois, il ne resterait plus que les candidatures du Valais et de Neuchâtel, deux dossiers beaucoup plus traditionnels.
Les Valaisans envisagent une fête dans l’esprit de celle de Mollis, avec une arène construite sur l’aérodrome situé entre Rarogne et Viège. Neuchâtel mise également sur un cadre naturel: la Fête fédérale serait organisée à Colombier, entre les vignobles et le lac de Neuchâtel.
Les Genevois gardent toutefois espoir. «Nous continuons à croire que ce projet peut voir le jour. Le dialogue se poursuit et d’autres rencontres sont prévues», assure la direction du projet. Tout devra être clarifié d’ici à fin août, date limite du dépôt officiel des candidatures définitives.