Les retours de Mujinga Kambundji sur la grande scène devraient être des jours de fête pour le sport suisse. Cela a été le cas à Bulle, le week-end dernier. Mais la soirée de jeudi à Lucerne, là où se réunissent les meilleurs athlètes suisses, a commencé dans une ambiance apocalyptique. Une violente cellule orageuse a déversé non seulement d’énormes quantités d’eau sur le stade de l’Allmend, mais a également provoqué des rafales de vent si violentes qu’un but s'est effondré sur le terrain d’entraînement adjacent du FC Lucerne, que les tentes de compétition ne tenaient plus debout et que de nombreux spectateurs ont dû se réfugier dans la Thermoplan Arena, l'enceinte du club de football.
De nombreux supporters ont ensuite suivi le traditionnel meeting, dont le début a été retardé, trempés jusqu’aux os. Beaucoup ont toutefois pris la situation avec humour, tout comme le DJ de la soirée, qui a aussitôt passé «Rain over me» de Marc Anthony. Et c’est au plus tard lorsque les figures de proue de la compétition ont été présentées que l’ambiance a de nouveau été synonyme de fête dans le complexe sportif. Surtout lorsque Kambundji a été annoncée sur le 100 mètres. La femme la plus rapide de Suisse (10"89) était au centre de l’attention ce soir-là. Même si, pour son retour après sa pause maternité, le chrono n’était pas encore sa priorité absolue.
Pour l’instant, elle n’a aucune chance
La Bernoise, qui a donné naissance à son fils Léon il y a près de huit mois, souhaite acquérir de l’expérience en compétition d’ici les Championnats d’Europe à Birmingham (10-16 août) afin d’être compétitive lors de ce grand rendez-vous de la saison. Le week-end dernier, elle a effectué un premier test sur 100 m à Bulle, où elle s’est elle-même surprise en signant un excellent temps de 11"33.
Et à Lucerne? Sur cette piste mouillée, elle ne peut pas réaliser un temps similaire. Dans la série B, où courent également la pépite du sprint bernois Xenia Buri (11"38) ainsi qu’Ajla Del Ponte (11"41), Mujinga Kambundji est à la traîne face de ses concurrentes avec un temps de 11"58 secondes. Au classement final, qui regroupe les finales A et B et où Géraldine Di Tizio-Frey a réalisé la meilleure performance suisse (11"20), elle occupe la dernière place.
Mujinga Kambundji rayonne néanmoins après la course. 6000 supporters la célèbrent comme si elle venait de gagner. Et elle lâche avec un clin d’œil que cela lui rappelle le début de sa carrière, lorsqu’elle courait elle aussi derrière les autres: «Mais ce n’est pas grave. Je ne me focalise pas encore trop sur les temps. Aujourd’hui, c’était surtout une question de sensations. Et ça m’a vraiment fait un bien fou!»
«Les bons chronos viendront plus tard»
Le processus visant à ramener son corps à son plus haut niveau après la grossesse est long et exigeant: «Je sens que ce n’est pas encore terminé.» Elle se montre néanmoins confiante, au vu des dernières semaines, quant à sa capacité à atteindre bientôt un très bon niveau. Dès l’interview sur la piste, juste après sa course, elle avait déjà déclaré: «Les bons chronos viendront plus tard!» Au plus tard l’année prochaine.
Mais de préférence, bien sûr, dès les Championnats d’Europe, pour lesquels elle dispose d’une wild card sur 200 m en tant que championne en titre. Ou même avant, à Zurich, lors des Championnats de Suisse (25-26 juillet), où l’attend le «challenge difficile» de décrocher une place pour les Européens sur 100 m.
Son petit garçon Léon sera également présent à Birmingham cet été, en compagnie de la mère de Mujinga, Ruth, et de son père, Safuka. Le but est de porter chance à la sprinteuse. À Lucerne, il était également présent, mais est resté en coulisses avec ses grands-parents.