A la recherche d'amis
«Vrais dirigeants»: la pique stratégique de Zelensky contre Trump

A Bruxelles, Volodymyr Zelensky a salué vendredi les dirigeants européens comme de «vrais dirigeants», une pique implicite à Donald Trump après une série d’affronts américains envers Kiev.
Volodymyr Zelensky s'est présenté vendredi devant les caméras aux côtés des dirigeants de l'UE Antonio Costa et Ursula von der Leyen.
Photo: AFP

En bref

  • Zelensky s'en prend à Trump lors de sa présence à l'UE.
  • Le président ukrainien espère obtenir le soutien de l'Europe.
  • Cette apparition intervient au terme d'une semaine diplomatique cauchemardesque pour l'Ukraine.
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Samuel Schumacher

Dans les périodes les plus bruyantes, ce sont parfois les tons les plus discrets qui annoncent de véritables basculements. C'est ce qu'a démontré vendredi matin le président ukrainien Volodymyr Zelensky, en se présentant devant les caméras avant le début du sommet de l'UE à Bruxelles. En deux minutes de discours, Volodymyr Zelensky a prononcé presque nonchalamment deux mots susceptibles de provoquer la plus grande rupture géopolitique de notre époque.

«De vrais dirigeants» (real leaders) se réuniraient ici à Bruxelles, a glissé le chef d'Etat ukrainien avec une expression lourde de sens. Ce qu'il n'a pas explicité, mais clairement laissé entendre: ailleurs, les dirigeants seraient nettement moins «vrais», notamment aux Etats-Unis, qui avaient infligé plusieurs affronts majeurs à l'Ukraine la semaine dernière.

La présence de Volodymyr Zelensky à Bruxelles vendredi matin a ainsi marqué la toute première fois que le président ukrainien rompait ouvertement avec Donald Trump, allant même jusqu'à l'insulter indirectement.

Zelensky sait taper là où ça fait mal

Malgré les rapprochements avec Vladimir Poutine, malgré la levée des sanctions, malgré les fausses accusations portées contre Kiev, malgré les appels à la démission le visant, le président ukrainien avait gardé son sang-froid et s'était abstenu de critiquer directement Donald Trump.

L'attaque la plus virulente que Volodymyr Zelensky avait osée contre lui était son commentaire concernant l'accord sur le diesel conclu par Trump avec les Russes le week-end dernier. Il s'agissait d'une «décision faible d'un partenaire fort», avait estimé le président ukrainien.

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Le président ukrainien a adressé un message caché mais explicite à son homologue américain.
Photo: AFP

Désormais, l'homme fort de Kiev retire définitivement ses gants diplomatiques. Encenser les Européens comme de «vrais dirigeants» tout en accusant les Américains de prendre des «décisions faibles»: les oreilles du président installé à Washington risquent de siffler. D'autant plus que Donald Trump reste très critique envers l'Europe et se considère comme un super-leader. C'est la pire des humiliations.

Le fait que Volodymyr Zelensky franchisse cette étape – et qu'il sache parfaitement ce que sa remarque devant les caméras du monde entier va provoquer – montre à quel point les relations américano-ukrainiennes se sont détériorées après cette semaine diplomatique cauchemardesque.

Appels à la démission

Du point de vue ukrainien, la débâcle avait commencé avec l'accord surprise sur le diesel annoncé par Donald Trump après un entretien téléphonique d'une heure et demie avec Vladimir Poutine. Les Etats-Unis veulent importer pour plusieurs milliards de dollars de diesel russe au cours des prochains mois et lèvent pour cela certaines sanctions contre Moscou. Une aubaine financière pour la machine de guerre russe en difficulté.

Ce qui a suivi, ce sont les appels à la démission de Volodymyr Zelensky, répétés jeudi encore par Donald Trump dans une interview accordée à la chaîne Newsmax. L'Ukrainien ne serait «pas un bon gars» pour les Etats-Unis. Il ne voudrait tout simplement pas mettre fin à la guerre, mais continuer à détruire les infrastructures russes, s'est emporté Trump.

Pire encore que ces tirades: la réduction temporaire de la couverture Starshield pour l'Ukraine. Starshield, la composante militaire de l'internet satellitaire Starlink d'Elon Musk, s'avère d'une importance capitale pour la conduite de la guerre ukrainienne. Au milieu de la semaine, l'entreprise a, sur ordre de la Maison Blanche, désactivé le signal Starshield pour les objets se déplaçant à plus de 160 km/h. Autrement dit: les drones ukrainiens, qui repoussent les attaques russes et frappent à leur tour les raffineries ennemies, se sont soudain retrouvés aveugles.

Expulsion et couronne funéraire

Les drones ukrainiens ont pu reprendre leurs missions de surveillance ce vendredi. C'est déjà ça. Mais la relation diplomatique avec le président américain apparaît durablement endommagée. Le rejet de Trump envers l'Ukrainien trouve ses racines en 2019 déjà, lorsque Trump avait vainement tenté de convaincre Volodymyr Zelensky, fraîchement élu, de lui fournir des informations compromettantes sur le fils de Joe Biden, Hunter, qui travaillait alors pour la société énergétique ukrainienne Burisma.

Les années suivantes, Volodymyr Zelensky a tenté de réparer la relation. Celle-ci a atteint son point le plus bas en février 2025, lorsque Donald Trump a expulsé manu militari l'Ukrainien de la Maison Blanche après une altercation dans le Bureau ovale. Elle a atteint son apogée peu après, lorsque les deux hommes se sont assis en avril 2025, en marge des funérailles du pape François, dans l'un des rendez-vous les plus symboliques du siècle, pour un entretien en tête-à-tête dans la basilique Saint-Pierre du Vatican.

Après ces dernières frasques, il semble improbable qu'un tête-à-tête entre les deux dirigeants puisse encore avoir lieu. Volodymyr Zelensky s'est fait de nouveaux amis en Europe, tandis que Donald Trump a retrouvé un vieil ami à Moscou. Laquelle de ces amitiés sera la plus solide, l'avenir nous le dira.

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