Zelensky sans renseignements
Trump fait pression: que signifierait pour l'Ukraine la fin du soutien américain?

La Russie intensifie ses bombardements et Zelensky dénonce le manque d’alertes précoces. Les frappes massives ont fait des morts et privé des centaines de milliers d’Ukrainiens d’électricité. Sans le soutien américain en matière de renseignement, à quel point l’Ukraine est-elle vulnérable?
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«En matière de détection et d'alerte précoce contre les missiles balistiques, l'Ukraine reste fortement dépendante de Washington», soutient le stratège militaire suisse, Marcel Berni.
Photo: zVg

En bref

  • La Russie attaque massivement l'Ukraine
  • Zelensky déplore l'absence d'alertes américaines et les coupures de courant
  • Fournir des renseignements à l'Ukraine reste le principal levier de pression de Trump
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Marian Nadler

L'Ukraine est en difficulté. Depuis lundi soir, la Russie attaque massivement le pays, en lançant des centaines de drones, missiles balistiques et autres armes puissantes. Au total, quatre personnes ont perdu la vie et un immeuble d'habitation a été détruit.

Mercredi, un Zelensky accablé a de nouveau fait état de morts et de blessés. «L'attaque ciblée de missiles russes visait précisément le secteur énergétique, pour lequel le président américain avait proclamé un cessez-le-feu. Au moins 600'000 personnes sont privées d'électricité», a-t-il déploré sur Telegram. «Malheureusement, nous n'avons reçu aucune alerte précoce de nos partenaires concernant cette attaque», regrettait-il mardi. Par partenaires, il entendait surtout les Etats-Unis.

L'Ukraine ne serait pas aveugle

Comme si cela ne suffisait pas, le conseiller de Zelensky, Serhij Sternenko, a annoncé que l'utilisation des terminaux Starlink en Ukraine était limitée. Il suppose que la technologie satellitaire a peut-être été désactivée à la demande du gouvernement du président américain Donald Trump. Elon Musk a assuré sur X que les éventuelles restrictions sont décidées non pas par SpaceX, mais par le gouvernement américain. Mercredi soir, la technologie a soudainement refonctionné.

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Zelensky tente d'une part de ne pas énerver Trump, d'autre part, d'exercer indirectement une pression sur lui
Ulrich Schmid
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Quelle est donc réellement la situation de l'Ukraine? Sans les renseignements américains, l'Ukraine ne serait pas aveugle, soutient Marcel Berni, expert en stratégie à l'Académie militaire de l'EPFZ. «Kiev dispose de son propre système de reconnaissance», explique-t-il. En outre, l'Europe a considérablement renforcé son rôle de fournisseur de renseignements au cours des dernières années. «La France, par exemple, fournit une part importante des informations à l'Ukraine.»

Kiev dépend de Washington

Comment fonctionne la reconnaissance lors d'attaques de missiles? «Une station radar ukrainienne peut détecter un missile balistique dès qu'il entre dans son horizon de détection. Toutefois, les capteurs infrarouges spatiaux utilisés par les Etats-Unis peuvent déjà détecter le lancement d'un missile et sa phase de propulsion», explique Marcel Berni. Lorsque le temps de vol est très court, ces minutes supplémentaires peuvent être décisives.

Les difficultés actuelles de la défense antiaérienne ukrainienne face aux frappes russes soulignent les limites du soutien européen sans l'appui des Etats-Unis. Selon l'expert, «l’Ukraine reste fortement dépendante de Washington pour détecter les missiles balistiques et les systèmes d’alerte précoce».

Avec le renseignement militaire, Trump dispose ainsi d'un gros levier de pression. Car s'il décidait de suspendre ce soutien, les conséquences pourraient être lourdes pour Kiev. Selon Marcel Berni, l’Ukraine serait notamment pénalisée dans la détection précoce des attaques de missiles, la reconnaissance derrière les lignes de front et le ciblage des frappes de précision. «Une interruption durable du partage de renseignements affaiblirait considérablement les capacités militaires ukrainiennes», avertit l’expert.

Pour Ulrich Schmid, spécialiste de l’Europe de l’Est à l’Université de Saint-Gall (HSG), Donald Trump ne dispose néanmoins plus de beaucoup de moyens pour faire pression sur Volodymyr Zelensky. «Le partage de renseignements est le seul levier qui lui reste», estime l’expert. En menaçant de suspendre cette coopération, le locataire de la Maison Blanche aurait ainsi abattu sa dernière carte.

Le jeu habile de Zelensky avec Trump

Ulrich Schmid estime que la façon dont Volodymyr Zelensky a critiqué publiquement Trump mardi sur X était «habile». «Il formule les choses avec prudence. Il ne veut pas trop contrarier Trump, car il dépend d'un minimum de coopération.»

Aussi, le président ukrainien est parfaitement conscient que la population américaine et les sympathisants républicains ont une image négative de la Russie. «Par sa communication prudente, Zelensky tente d'une part de ne pas énerver Trump, d'autre part, d'exercer indirectement une pression sur lui.»

Trump fera-t-il marche arrière?

Trump semble avoir retourné sa veste en se rapprochant récemment de Poutine. Selon Ulrich Schmid, dans sa politique étrangère impitoyable, le président américain cherche avant tout à préserver ses chances lors des élections de mi-mandat de novembre. Les perspectives s'annoncent mauvaises: les démocrates pourraient obtenir la majorité au Sénat et au Congrès, ce qui compliquerait la tâche de Trump. «Il tente par tous les moyens de reprendre les rênes juste avant le scrutin.»

Après les élections, Trump pourrait faire ce que ses détracteurs appellent un «Taco», acronyme de Trump Always Chickens Out, que l’on peut traduire par «Trump finit toujours par faire marche arrière». Ulrich Schmid estime ainsi que, quel que soit le résultat du scrutin, «le ton tur de Trump sur le dossier ukrainien devrait s'atténuer après les élections de mi-mandat».

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