Tollé chez les fidèles
Les chrétiens lâchent Trump après des propos «écœurants»

Alors que les fidèles célèbrent Pâques, Donald Trump choisit l’escalade verbale. Ses menaces jugées «écœurantes» font vaciller une partie de son électorat chrétien.
Une prière avait été organisée dans le bureau ovale pour Donald Trump lors du lancement de la guerre en Iran.
Photo: Maison Blanche
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Solène MonneyJournaliste Blick

Alors que des millions de fidèles célébraient la fête la plus sacrée du christianisme, ce dimanche 5 avril, Donald Trump choisissait un tout autre registre. Sur Truth Social, le président américain publiait un message aux accents apocalyptiques: «Ouvrez ce putain de détroit, bande de fous furieux, ou vous irez en enfer! Vous verrez! Louange à Allah.» Une sortie visant le détroit d’Ormuz, fermé depuis les frappes du 28 février.

Deux jours plus tard, il durcit encore le ton. Mardi, Donald Trump menace de faire «disparaître» la civilisation iranienne. Des propos à mille lieues du message pascal – «La paix soit avec vous» – qui déclenchent une vague d’indignation. Dans les milieux catholiques et protestants, les interrogations se multiplient: ces paroles reflètent-elles vraiment la foi qu’il revendique? Un nombre croissant de chrétiens prennent leurs distances depuis le début de la guerre en Iran, relève «The Telegraph».

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Trump se soucie-t-il du sacré?

«Beaucoup de gens prennent désormais position pour exprimer leur désapprobation. Les chrétiens rejettent une frappe militaire menée par vanité au nom de la foi. C’est écœurant», tranche le pasteur américain Doug Pagitt dans les colonnes du quotidien britannique. Il dénonce aussi le timing du message présidentiel: «C’est Pâques, c’est une incitation à la guerre, et cela utilise l’expression 'Louange à Allah'. Le faire alors que les gens se rendaient à l’église le matin de Pâques montre qu’il se fiche de ce que nous considérons comme sacré.»

Ces dernières semaines, Donald Trump et son secrétaire à la Défense Pete Hegseth ont à plusieurs reprises teinté le conflit d’une rhétorique religieuse. Le sauvetage d’un pilote américain a été qualifié de «miracle de Pâques», tandis que certaines frappes américano-israéliennes sont présentées comme une forme de bénédiction divine.

Mais cette instrumentalisation du religieux passe mal. Plusieurs responsables spirituels dénoncent une confusion entre foi et politique, et rejettent la bannière chrétienne sous laquelle le mouvement MAGA est régulièrement mis en avant.

Les chrétiens, pilier de Trump

Le paradoxe est de taille: les chrétiens restent une base électorale clé pour Donald Trump. Ils ont largement contribué à son retour à la Maison Blanche en 2025. Selon des sondages de sortie des urnes de NBC, 63% des électeurs s’identifiant comme «protestants ou autres confessions chrétiennes» ont voté pour lui, contre 60% en 2020.

Mais les critiques émergent désormais jusque dans son propre camp. L’ancienne élue républicaine et ex-alliée de Trump Marjorie Taylor Greene a ainsi écrit le dimanche de Pâques: «Notre président n’est pas chrétien et ses paroles ne devraient pas être soutenues par les chrétiens.» De son côté, le commentateur et fidèle soutien de Trump, Tucker Carlson, évoque une «moquerie du christianisme». Donald Trump lui a répondu en le qualifiant de «stupide» et «d’homme brisé».

Les catholiques montent au front

La contestation gagne aussi les rangs catholiques. Joseph Strickland, ancien évêque et pourtant soutien historique de Trump, fustige un message «négligent, irrévérencieux et théologiquement confus». Même le groupe Catholics for Catholics, habituellement favorable au président, appelle à la retenue: «Menacer d’éliminer une civilisation entière devrait nous inciter à prier pour la paix.»

Donald Trump s’est également attiré les foudres du pape. Celui-ci condamne fermement des propos visant «tout un peuple», les jugeant «véritablement inacceptables».

Face à ces prises de position, les contradictions entre discours religieux et rhétorique guerrière deviennent de plus en plus visibles. Pour une partie des croyants, la ligne rouge est franchie. A l’approche des élections de mi-mandat de 2026, cette fracture pourrait peser lourd. Car si la base chrétienne reste massive, elle ne semble plus acquise sans conditions.

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